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Pourquoi Macron a-t-il eu raison de démentir sa supposée liaison ?

Par Olivier Cimelière   12 février 2017 à 09h46

 

 

Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il eu raison de démentir publiquement sa supposée liaison gay ?
Il est peu commun qu’un dirigeant politique démente ou confirme ouvertement une liaison et/ou une orientation sexuelle. Il y a eu certes l’adolescente confession d’un Nicolas Sarkozy avec son « Carla et moi, c’est du sérieux » ou encore Bertrand Delanoë opérant son coming out sur son homosexualité. Mais globalement, c’est plutôt l’omerta et/ou le ragot qui essaiment dans les dîners en ville et bruissent sur les réseaux sociaux. Longtemps épargné par la rumeur, Emmanuel Macron n’a pourtant guère tardé à être rattrapé par cette dernière , surtout après le lancement de son mouvement En Marche. Après plusieurs mois de silence, le président d’En Marche a mis les points sur les i lors d’un meeting parisien. Une bonne idée ?


Pourquoi tant d’histoires prêtées aux politiques ?
S’il est un monde où les cancaneries abondent, c’est bien celui du monde politique. Henry Kissinger ne disait-il pas lui-même que le « pouvoir est l’aphrodisiaque suprême » ! Depuis des décennies, on ne compte plus les aventures plus ou moins avérées ou supputées entre des figures politiques, des journalistes, des artistes, d’autres dirigeants, etc. Avec la pipolisation croissante de la vie politique où les mêmes ne rechignent plus à se mettre en scène à la maternité (Ségolène Royal par exemple), dans un parc d’attractions (Nicolas Sarkozy et Carla Bruni) ou en hologramme (Jean-Luc Mélenchon), les magazines à potins ont élargi le spectre de leurs photos volées de baisers à la dérobade ou de scooters au petit matin. Avec pour conséquence d’accroître encore plus l’intérêt du lectorat (et donc de l’électorat) pour les secrets d’alcôve qui autrefois étaient plutôt du ressort des initiés des arcanes du pouvoir.
Conséquence collatérale : la vie amoureuse est également devenue un attribut d’image dans une carrière politique. Déjà en 1965, Jean Lecanuet avait été précurseur en n’hésitant pas à s’afficher avec sa famille sur ses affiches de campagne présidentielle. Médiatisation et Web social ont achevé de porter à son paroxysme cet « atout » image censé nourrir la stature d’un(e) candidat(e) et même parfois ses propres prises de position sociétales. Ainsi lors de la Manif pour tous anti-mariage gay, a-t-on vu des couples hétéros politiques s’afficher ouvertement comme pour mieux souligner leur attachement au modèle traditionnel de la famille comme par exemple les Fillon.


A double tranchant
Emmanuel Macron n’a pas échappé à cette spirale intimiste. Ceci d’autant plus qu’il présente un visage atypique en étant marié depuis plus de 10 ans avec une femme âgée de 20 ans de plus. De quoi inévitablement susciter la curiosité surtout lorsque le couple lui-même empile à cadence régulière les couvertures de Paris Match et VSD. A la nuance près que ce storytelling est de plus en plus scruté, commenté, voire déformé ou carrément fabulé. Au point même de devenir aussi une « arme » politique pour déstabiliser, décrédibiliser ou dénigrer la réputation de l’impétrant(e).
C’est exactement ce qui est arrivé à Emmanuel Macron. Sans doute son profil élégant de gendre idéal et son ascension régulière dans les sondages ont agacé au point de lui prêter des orientations homosexuelles et donc, aux antipodes de l’image médiatique véhiculée. En lui attribuant de surcroît un compagnon, en l’occurrence Mathieu Gallet, le patron de Radio France. La suite est d’un grand classique. Potins dans les milieux bien-pensants (surtout comme par hasard chez ceux qui sont allergiques à Macron), petites phrases sibyllines comme celle de Sarkozy en mai 2016 dans Le Point où Macron est « un peu homme, un peu femme. C’est la mode du moment. Androgyne ». Et la mécanique des réseaux sociaux de battre et amplifier la cadence au point que les médias les plus réputés commencent à leur tour à tourner autour du sujet du bout des lèvres.


Il était temps
Emmanuel Macron qui a fait de la cohérence, un axe fort de sa campagne, commençait dès lors à subir des contrecoups réputationnels avec cette supposée histoire gay. Sur les médias sociaux, la patriosphère et les conservateurs pur jus s’en donnent à cœur joie à propos du « Macron Fake ». Et d’alimenter ainsi sans discontinuer les mêmes dîners en ville où le « tu vois, je te l’avais bien dit » fait briller celui ou celle qui s’empare du sujet. Sur Google, la fonction Autosuggest était d’ailleurs révélatrice des requêtes des internautes. Lorsqu’on tapait Emmanuel Macron, le nom de Mathieu Gallet y était associé. Preuve algorithmique que de très nombreuses personnes cherchent à savoir. Le site conspirationniste Dreuzh.info accuse même carrément le magazine people Closer d’avoir caviardé des révélations et des photos sur le couple. Même le fondateur de WikiLeaks Julian Assange dit détenir des preuves. Bref, le doute s’installe et c’était précisément le but recherché par les initiateurs de la propagation de la rumeur.


Au courant évidemment depuis longtemps de ces bruits le concernant, Emmanuel Macron a donc finalement choisi d’y répondre le 6 février non sans humour de surcroît : « Vous entendrez des choses, que je suis duplice, que j'ai une vie cachée. C'est désagréable pour Brigitte qui se demande comment je fais physiquement. Elle partage ma vie du matin au soir. Et je ne l’ai jamais rémunérée pour cela ! Je ne peux pas me dédoubler. Si dans les dîners en ville on vous dit que j'ai une double vie avec Matthieu Gallet, c'est mon hologramme qui m'a échappé, ça ne peut pas être moi !». Dans ce cas précis, Emmanuel Macron a parfaitement réagi. En osant aborder de front le sujet que tout le monde chuchotait. Une manière de couper court à ce qui devenait un caillou dans la chaussure du candidat. Qu’on le veuille ou non, l’homosexualité reste en France un critère dérangeant chez beaucoup d’électeurs. C’est déplorable certes mais c’est ainsi. Il devenait donc impératif de clarifier au risque sinon de se retrouver dans une distorsion d’image impossible à démêler à mesure que le temps passe et le silence persiste.
Pas de solution miracle


Pour autant, une rumeur n’est jamais totalement étranglée. C’est d’ailleurs toute l’extrême difficulté en communication de traiter de ce genre d’info de caniveau. Totalement occulter, c’est courir le risque d’accréditer au motif du « qui ne dit mot consent ». En parler, c’est possiblement agrandir la notoriété de cette même rumeur auprès de ceux qui n’auraient pas encore entendu. Il n’existe donc pas d’antidote miracle face à la rumeur mais plutôt un sens aigu du timing (se positionner sur le sujet au moment idoine, ce qu’a fait Macron alors que les sondages continuent de le créditer d’intentions de vote solides), avec un certain recul humoristique (la formule prononcée à Bobino est à cet égard parfaite) et avec un effet de surprise puisque même son entourage proche ne savait pas qu’il allait évoquer le point lors du meeting.


Evidemment, les plus têtus et les plus obtus vont continuer à marteler que tout cela n’est que mensonge et diversion. Il faut évidemment s’attendre à voir encore et encore les réseaux sociaux charrier des photos-montages et des commentaires homophobes sur le mode « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ». Il n’empêche qu’Emmanuel Macron a eu le cran de faire part publiquement de sa réalité amoureuse. L’exercice n’est pas agréable mais la pipolisation de la vie politique (sans oublier les suspicions attribuées à Mathieu Gallet de faire rouler les rédactions de Radio France pour Macron) est un paramètre qu’on peut détester mais pas ignorer. Le caché, l’ignoré ou le nié sont souvent encore plus délétères qu’une rumeur.