Chaque semaine Harris Interactive interroge un échantillon de plus de 2000 Français. En leur posant une question simple et tout à fait ouverte « qu’avez-vous retenu de la campagne présidentielle cette semaine ? ». Sans rien suggérer. Sans rien proposer. En laissant les personnes que nous interrogeons libres de nous dire et ce qu’elles ont entendu de la campagne présidentielle et ce qu’elles en ont retenu. Vu que l’on peut considérer qu’une élection se gagne déjà par une « hégémonie idéologique et culturelle » (pour paraphraser Gramsci), regardons la manière dont les électeurs parlent de la campagne.
Pour dégager l’essentiel de cette matière riche et spontanée, les réponses sont analysées par Proxem (https://www.proxem.com), pionnier de l’analyse sémantique de données textuelles. Chaque semaine, Proxem y détecte les personnalités et mouvements politiques, les thématiques et événements majeurs, de manière à pouvoir en mesurer la fréquence. Semaine après semaine se dégagent ainsi les grandes tendances de la campagne et les événements singuliers qui ont marqué l’actualité. »
Chaque semaine, nous délivrerons ce qui nous a marqué.

 

François Fillon reste dans le « spectre », Benoît Hamon l’a quitté, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont été plus repérés cette semaine. Voici quelques enseignements de cette vague d’enquête.

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François Fillon de plus en plus repéré… à son corps défendant


François Fillon est la personnalité la plus citée. On a pu voir après sa conférence de presse qu’il était parvenu à juguler le mouvement d’opinion des proches des Républicains, en ceci que l’hypothèse du « plan B » était moins souhaité de la part du cœur de son électorat. Il reste, malgré tout, des critiques.

Chez les proches des Républicains on trouve des défenseurs. Beaucoup dénoncent l’acharnement : « L'acharnement contre François Fillon ; / Penelope Fillon : beaucoup de bruit pour peu de chose » et remettent en cause les médias : « les problèmes de Fillon ; c'est un véritable acharnement médiatique qui veut détruire sa candidature : à qui profite le crime ? » ou la gauche : « Acharnement contre Fillon ; Déni de démocratie venant de la gauche ». De nombreux électeurs sont satisfaits de sa conférence de presse : « Conférence Fillon ; Très bonne mise au point ». Sans pour autant susciter l’unanimité : « Fillon qui maintient sa candidature ; pourquoi ?? »
Ce sont – aujourd’hui – bien les seuls.  Si certains proches du FN critiquent les médias sans pour autant défendre François Fillon (« l'affaire Fillon ; si seulement les journalistes se contentaient de relater des faits et non de calomnier. Fillon n'est pas mon candidat mais je désapprouve ces méthodes / le tapage médiatique de l'affaire du couple Fillon ; la presse se venge. Gare à eux si le FN passe ! »), les réactions sont négatives. Elles portent sur ce qu’ils qualifient d’escroquerie de François Fillon « l'escroquerie de Fillon ; prison / les mensonges des Fillon ; c'est scandaleux » et une conférence de presse remarquée mais non appréciée : « Penelope Gate et la conférence de presse peu convaincante de Fillon ; pathétique ».

C’est bien chez ces deux seules populations que l’on repère une mise à distance des arguments critiques à l’égard de François Fillon : les électeurs sans proximité partisane font part d’écœurement « les mensonges de Fillon / M. Fillon minimise ; Je m'excuse et c'est tout, trop facile / Fillon et Penelope ; des mensonges et encore des mensonges, c'est inadmissible pour un homme politique qui prétend être honnête ! Je n’ai pas confiance en lui ni dans les autres / Les défenseurs de Fillon sont encore plus "pourris" que lui ; Ils se serrent les coudes, tous ses défenseurs ont déjà eu à faire avec la justice qui est à leurs bottes... »
Les proches du PS font part de leur colère, ceux d’En Marche sont virulents « François Fillon ; Mauvaise foi / François Fillon ; déplorable, dépasse l'entendement / Fillon s'enfonce dans le mensonge et la dénégation ; Il prend son camp en otage. Quid de sa capacité à mobiliser le cas échéant contre Marine Le Pen ? Je suis inquiet ».
On peut le voir ici : on parle avec la même intensité du candidat que l’on soit de droite ou de gauche :

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Les deux prises de parole d’Emmanuel Macron
13% des répondants parlent d’Emmanuel Macron. Et que ce soit son meeting ou une prise de parole impromptue, les deux interventions sont identifiées.

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Ce sont les rumeurs sur sa vie privée (et sa supposée relation avec Matthieu Gallet) ainsi que son meeting à Lyon qui font parler des Français à son propos.
Sur sa vie privée : les commentaires sont dans l’ensemble globalement positifs, même si toutes les personnes interrogées ne semblent pas croire le propos du candidat : « la double vie de Emmanuel Macron ; il fait ce qu'il veut / Affaire Macron ; Accusé de mener une double vie, il a su répondre avec humour ! ».
L’autre sujet (son meeting) divise plus, notamment sur la question du programme jugé inexistant : « Emmanuel Macron en meeting ; Se voit en haut de l'affiche, toujours pas de programme / le meeting d'Emmanuel Macron à Lyon ; impressionnant de ferveur mais où est le programme et où sont les troupes politiques ? ».
Au vu de l’actualité peut-être, certains partisans Républicains évoquent la question du financement de campagne : « les mystères sur le financement de Emmanuel Macron ; scandaleux : deux poids deux mesures ».


Et « l’affaire du financement du Front National » apparut alors que l’on se mit à parler de Marine le Pen

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Alors que la semaine dernière on nous parlait très peu de « l’affaire » des emplois du Parlement européen cette information nous est désormais davantage restituée par les Français. On en parle au PS : « Le Pen corrompue jusqu’à la corde ; la perversité en évidence / Affaire Le Pen ; Il semble que Mme Le Pen soit un peu oubliée par les médias » chez les Républicains : « Marine Le Pen qui doit de l’argent ; pas étonnant ; On ne lui parle pas trop des sommes à rembourser à l'Europe » mais très peu chez ceux du FN. Quand ils l’évoquent, les sympathisants Front National sont moins vindicatifs : « l'argent que doit Marine Le Pen ; elle va rembourser ». En outre son meeting est remarqué. Même si les thématiques abordées ne ressortent pas nettement.


« L’hologramme Jean-Luc Mélenchon » ne fait pas le printemps électoral

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C’est un coup. Et il semble avoir déjà atteint un objectif : faire parler de lui : son double meeting avec un hologramme (et son interview à TF1) ont été remarqués. Jean-Luc Mélenchon se retrouve ainsi à recueillir des commentaires positifs chez des sympathisants politiques de tous bords. Même les plus inattendus.

Chez les sympathisants LR : « Mélenchon ; Moderne / hologramme Mélenchon ; impressionnée / meeting Mélenchon ; ne m’intéresse pas du tout, mais a parfois des paroles intéressantes », même si sa prestation n’est pas exempte de reproches : « hologramme de Mélenchon ; c'est du cirque / Hologramme Mélenchon ; Gadget puissant »

Chez ceux du FN, on différencie la forme et le fond : « Mélenchon et son hologramme ; A fait fort », bien que des idées diffèrent : « Mélenchon ; A des idées sensées mais trop basées sur les immigrés. / Mélenchon et son hologramme ; Il essaie de se mettre au goût du jour, mais il ne me convainc guère ».
On ne remarque pas pour autant, chez les électeurs tentés par Benoît Hamon, de rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon à la suite de ces prises de parole.


L’investiture de Benoît Hamon n’a pas eu la force d’un meeting électoral

Alors qu’aux Etats-Unis les conventions d’investitures constituent les moments phare de chaque campagne électorale, celle ayant avalisé le vote de la primaire n’a pas eu cet effet. Benoît Hamon n’est que peu restitué.