#Criblopinion

L’invitation réussie de François Bayrou dans la campagne

Par Jean-Daniel Lévy   02 mars 2017 à 07h21

Chaque semaine Harris Interactive interroge un échantillon de plus de 2000 Français. En leur posant une question simple et tout à fait ouverte « qu’avez-vous retenu de la campagne présidentielle cette semaine ? ». Sans rien suggérer. Sans rien proposer. En laissant les personnes que nous interrogeons libres de nous dire et ce qu’elles ont entendu de la campagne présidentielle et ce qu’elles en ont retenu. Vu que l’on peut considérer qu’une élection se gagne déjà par une « hégémonie idéologique et culturelle » (pour paraphraser Gramsci), regardons la manière dont les électeurs parlent de la campagne.
Pour dégager l’essentiel de cette matière riche et spontanée, les réponses sont analysées par Proxem (https://www.proxem.com), pionnier de l’analyse sémantique de données textuelles. Chaque semaine, Proxem y détecte les personnalités et mouvements politiques, les thématiques et événements majeurs, de manière à pouvoir en mesurer la fréquence. Semaine après semaine se dégagent ainsi les grandes tendances de la campagne et les événements singuliers qui ont marqué l’actualité. »
Chaque semaine, nous délivrerons ce qui nous a marqué.

 

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François Bayrou « s’invite » dans la campagne…

François Bayrou est parvenu, en cette fin février, à faire de sa conférence de presse un événement de campagne. Alors que les interviewés ne citaient – jusqu’à présent – pas du tout le dirigeant du Modem,
42% des proches d’En Marche ont parlé de François Bayrou tout comme 44% de ceux du MoDem, 22% du PS, 25% de LR et, enfin, 9% du FN.
Chez les proches d’En Marche : les évocations sont unanimement positives et mettent plus en avant les raisons stratégiques que programmatiques
« L'alliance Macron / Bayrou ; une chance supplémentaire de gagner les élections ; Bayrou s'allie à Macron : pourquoi pas, ils sont centristes après tout ; Bayrou soutient Macron : il vaut mieux s'allier que se diviser comme d'autres ; Accord Macron Bayrou : c'est très bien pour sa candidature, c’est un plus ; Le renoncement de Bayrou à sa propre candidature pour la présidentielle et son soutien à Macron ; J'ai trouvé que c'était un acte raisonnable et courageux de la part de Bayrou de se désister en faveur de Macron ; Le rapprochement Macron Bayrou : c'est une bonne chose, plus forts ensemble. »
On remarquera que François Bayrou a, dans le cadre de sa conférence de presse, utilisé le terme « alliance » et que celui-ci est spontanément restitué par les interviewés.

De même, observons que 50% des proches d’En Marche parlent d’Emmanuel Macron, 38% de ceux du MoDem, 33% du PS comme des Républicains et, enfin 15% de ceux du FN. Parler du leader d’En Marche revient, cette semaine, déjà à évoquer François Bayrou.

Les proches du MoDem expriment des avis majoritairement positifs, car – eux – identifient une complémentarité politique :
« Le ralliement de Bayrou à Macron ; c'est bien ; L'alliance entre M. Bayrou et M. Macron est une excellente initiative et je n'en attendais pas moins de la part de M. Bayrou, il apporte un peu plus d'humanité au programme de départ de M. Macron. Je ne doute pas que M. Bayrou réussira à proposer et même imposer ses idées les plus belles et intelligentes aussi bien pour les Français que pour la France. Mme Le Pen ne passera pas ; Trop bon, Bayrou rejoint Macron ; Une équipe gagnante ? L'expérience et la probité de Bayrou ajoutées à la "gagne" de Macron. »
Alors que les avis vont quasiment tous dans le même sens lorsque l’on interroge les proches d’En Marche, une minorité des proches du Modem apparaît incertaine, voire méfiante vis-à-vis de ce qu’ils considèrent comme une stratégie électorale :
« Bayrou : je ne sais qu'en penser mais globalement il ne pouvait pas faire autre chose ; Bayrou se raccroche pour une place de ministre ; Rattachement entre Bayrou et Macron : les alliances politiques arrivent… ».

On voit donc que ce sont parmi les deux formations politiques de référence que se nouent les plus fortes évocations. Et que celles-ci sont teintées d’approches positives.

Emmanuel Macron est devenu, cette semaine, le candidat le plus cité.

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… Yannick Jadot un peu moins

Quelques jours après l’intervention de Yannick Jadot sur France 2 et après le vote validant le retrait du candidat, l’évènement apparait peu repéré 4% des personnes parlent de l’ex-candidat, à peine plus parmi les sympathisants de gauche (7%) et au PS (8%).
Cet accord est, chez ceux en parlant, perçu plutôt positivement par les sympathisants PS, mais il s’agit – à leurs yeux - d’un choix contraint.
« Ralliement Jadot à Hamon : seule chance pour les écologistes d'exister ; Jadot régulier, lucide ; Alliance Hamon/Jadot : Inéluctable mais sans grands lendemains ; Jadot se met avec Hamon : c'est intelligent. »
On le voit, pas de net enthousiasme, ni d’expression de la part de cette frange de population de l’anticipation d’une dynamique issue de ce rapprochement. Comme ce fut le cas chez les proches d’En Marche ou du Modem concernant le retrait de François Bayrou.
 
Quid de l’alliance manquée entre Hamon et Mélenchon ?

Remarquons que l’alliance non effectuée a été plus identifiée que celle réalisée. Ainsi Jean-Luc Mélenchon est cité par près de 10% des électeurs. Surtout parmi les proches du Front de Gauche et du Parti socialiste. Chez les premiers, la satisfaction d’une candidature propre leur convient dans l’ensemble :
« Mélenchon continue seul ; hourra ! ; Le non rapprochement Hamon/Mélenchon ; une bonne chose ; Non alliance Mélenchon Hamon : une bonne chose, les insoumis restent insoumis. »

Mais parmi les proches du PCF on voit poindre des critiques :
« Rencontre Hamon Mélenchon ; Quel égo ce Mélenchon et quel risque pour la vraie gauche ; Rapprochement Hamon/Mélenchon ; c'est dommage que cela ne se fasse pas ; Mélenchon qui poursuit son chemin ; Égal à lui-même ; Pas d'alliance entre Mélenchon & Hamon ; Triste mais compréhensible. »

Les reproches des proches du Parti socialiste se focalisent plus sur Jean-Luc Mélenchon que sur le souhait d’alliance évoqué par Benoît Hamon. A leurs yeux, ce qu’ils qualifient de « limites » de l’homme (mégalomanie, rancœurs) peuvent faire perdre la gauche. Ils anticipent une défaite presque assurée, qu’ils reprochent avant tout au comportement du candidat de la France Insoumise. Les axes programmatiques différents souvent mis en avant dans la presse (ou par Jean-Luc Mélenchon lui-même) ne ressortent pas nettement.
« Mélenchon vengeur ; tue la gauche ; Le non de Jean-Luc Mélenchon ; sa mégalomanie le perdra et la gauche avec lui ; Désunion Mélenchon/Hamon ; C'était sûr vu l'égo surdimensionné de Mélenchon ; échec des tentatives d'accord entre Mélenchon et Hamon ; Mélenchon finira comme fossoyeur de la gauche ; Mélenchon ; Mélenchon y va tout seul c'est cousu de fil blanc ; ne veut pas laisser sa place à d'autres ; pas d'accord Hamon Mélenchon ; c'est la fin de la gauche et elle ne sera pas au deuxième tour. ; Pas d'accord entre Mr Hamon et Mr Mélenchon ; C'est regrettable, mais ce n'est pas surprenant de la part de Mr Mélenchon ; Le non-accord entre Mélenchon et Hamon ; Cela confirme que Mélenchon ne veut pas être président, il veut surtout s'exprimer en discours fleuves ; La mésentente entre Hamon et Mélenchon ; C'est décevant et une mort annoncée pour la gauche ; désaccord Hamon/Mélenchon ; dommage plus aucune chance de se qualifier. »
Ceci s’inscrivant dans un pronostic de victoire de Benoît Hamon en forte baisse en une semaine (auprès des sympathisants socialistes : 26% contre à 35%).

Avant sa conférence de presse comment parle-t-on de François Fillon ?

François Fillon est toujours haut dans les citations (16%), mais en recul constant depuis le déclenchement de l’affaire (36%, puis 29% et 21%). Ce recul est surtout le fait d’une moindre citation parmi les proches du Front National (13%, -11 points).

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Parler de François Fillon c’est souvent évoquer « l’affaire » avec un renforcement, chez les proches des Républicains, des critiques des médias/juges/ du gouvernement :
« L'acharnement contre Fillon ; Scandaleux de la part d'une justice qui se dit indépendante ; L'acharnement contre Fillon ; C'est tellement gros que cela devient inaudible et que cela va finir par se retourner contre les lanceurs d'histoires ; François Fillon n'a pas failli au règlement et la justice fait traîner l'affaire sciemment pour impressionner l'opinion publique ; Dites du mal de quelqu’un il en restera toujours quelque chose. Fillon ... ; L'acharnement de la justice contre François Fillon ; C'est un déni de démocratie. »

Et effectuent souvent une comparaison avec Marine Le Pen qui serait dans la même position et alimente la thèse d’un complot monté par ses adversaires :
« Les accusations d'emploi fictif de Marine Le Pen ; est dans la même situation que François Fillon ; trêve de la justice demandée ; Fillon, Marine, même combat ! Mais n'est pas étrange quand même de voir surgir ces affaires juste dans le bon tempo ? ; Fillon/Le Pen les parias des médias ; Quelle honte d'en arriver aux extrêmes. Fillon/Le Pen sont dans le même bateau. L'ouverture d'une action judiciaire contre F.Fillon ; Comme par hasard, ouverture d'une instruction judiciaire, en pleine campagne électorale ! comme par hasard ! et comme pour M. Le Pen ; même que pour Fillon, on veut empêcher la droite en général de revenir ! les médias ne sont pas objectifs tous socialos !!! ; Les démêlées judiciaires du FN ; Vendetta contre Le Pen comme pour Fillon ils doivent déranger. »

L’offensive sur le « climat de quasi-guerre civile » n’est pas passée inaperçue. Comme on peut l’anticiper, chez les proches du PS la critique est de mise. Et serait le signe qu’il perd son calme.
« Etat de guerre civile (Fillon). ; N'importe quoi. ; Fillon ne sait plus quoi trouver pour exister ; parler de guerre civile, quand il était ministre ça se passait comment ? ; Fillon: guerre civile ; revoir la sémantique ; Fillon perd son calme ; que ferait-il avec l'arme nucléaire ? ; Fillon guerre civile ; Inadmissible. »
Et est souvent perçue comme une stratégie « d’hystérisation » peu efficace.
« Fillon a parlé de guerre civile en France ; Il renvoie sur les autres sa faute ; " guerre civile" de François Fillon ; Prêt à dire n'importe quoi pour qu'on oublie ses histoires malhonnêtes. »

Chez les des sympathisants Les Républicains, l’écho est, dans l’ensemble, positif et le fond du message semble passer :
« Les meetings de F. Fillon et M. Le Pen pris en otage par des militants d'extrême-gauche ; C'est honteux pour la démocratie, c'est bien une "quasi-guerre civile". Le gouvernement est volontairement laxiste ; L'expression de guerre civile utilisée par Fillon ; Un peu excessif, mais a raison sur le fond ; les propos de François Fillon sur une "guerre civile ! ; Il a raison car son histoire d'embauche de son épouse était connue depuis très longtemps comme bien d'autres, et on a attendu le bon moment pour la sortir. Les journalistes sont des pourris voilà ce que je pense »