Chaque semaine Harris Interactive interroge un échantillon de plus de 2000 Français. En leur posant une question simple et tout à fait ouverte « qu’avez-vous retenu de la campagne présidentielle cette semaine ? ». Sans rien suggérer. Sans rien proposer. En laissant les personnes que nous interrogeons libres de nous dire et ce qu’elles ont entendu de la campagne présidentielle et ce qu’elles en ont retenu. Vu que l’on peut considérer qu’une élection se gagne déjà par une « hégémonie idéologique et culturelle » (pour paraphraser Gramsci), regardons la manière dont les électeurs parlent de la campagne.
Pour dégager l’essentiel de cette matière riche et spontanée, les réponses sont analysées par Proxem (https://www.proxem.com), pionnier de l’analyse sémantique de données textuelles. Chaque semaine, Proxem y détecte les personnalités et mouvements politiques, les thématiques et événements majeurs, de manière à pouvoir en mesurer la fréquence. Semaine après semaine se dégagent ainsi les grandes tendances de la campagne et les événements singuliers qui ont marqué l’actualité. »
Chaque semaine, nous délivrerons ce qui nous a marqué.

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Le nouveau président est, depuis son élection, la personnalité la plus citée. L’actualité se concentre cette semaine sur Emmanuel Macron et ses débuts présidentiels. La nomination d’un Premier ministre apparaît comme un fait majeur cette semaine, étant évoquée par 26% des personnes interrogées. Les autres personnalités sont éclipsées et se situent à moins de 10% de citations. En effet, Marine Le Pen (citée à 15% la semaine précédente) perd 12 points cette semaine, à 3%.


La passation de pouvoir émouvante


Emmanuel Macron est davantage cité par ses sympathisants à 47%, suivi par ceux des Républicains (32%). Les sympathisants de gauche en font mention à 30%, autant que les sympathisants du Front National.

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L’investiture d’Emmanuel Macron à la fonction de chef de l’Etat est commentée par 28% des personnes interrogées. La cérémonie de passation de pouvoirs est jugée réussie, traditionnelle, et remplie d’émotions par un grand nombre. Ils apprécient le style présidentiel d’Emmanuel Macron qui semble correspondre à la vision qu’ils en ont. Ces réactions sont donc plutôt transpartisanes, et – logiquement - encore plus auprès des personnes ayant voté pour lui au deuxième tour.
« Un sans-faute. » ; « Intellectuellement parfait. » ; « Belle cérémonie. » ; « Classique, traditionnelle. » ; « Dignité, solennité, gravité, prise de poste à la mesure de mes attentes. » (Sympathisants Les Républicains qui ont voté Emmanuel Macron au 2ème tour). « De toute l'histoire de la France on a jamais vu une passation de ce genre. Le président de la république Mr Macron nous a fait passer un moment rempli d'émotions. » ; « Conforme à la tradition. » (Sympathisants du Parti Socialiste). « Emouvant » ; « Belle cérémonie. » « Sobre et solennelle à la fois. » (Electeurs de Jean-Luc Mélenchon). « Très bien. » ; « Pas mal. » (Sympathisants Front National).


Cependant, un aspect monarchique est également perçu et partage plus les personnes interrogées :
« La lenteur de l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Elysée m'a choqué. Cela m'a fait penser à sa victoire le 07 mai. On aurait dit le couronnement d'un Roi. Attention, il a été choisi par une petite partie du peuple. » (Sympathisants Les Républicains n’ayant pas voté Emmanuel Macron). « A la fois monarchique et moderne. » (Sympathisants du Parti Socialiste). « Un cirque monarchique honteux. » ; (Electeurs de Jean-Luc Mélenchon). « Choqué de son investiture on aurait dit un roi. » (Sympathisants Front National)
Des critiques sont toutefois exprimées parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, ainsi que par une minorité des sympathisants Les Républicains n’ayant pas voté pour Emmanuel Macron.
 « Toujours beaucoup de tralala. Et les journalistes parlent pour ne rien dire. » ; « Du cinéma. » ; (Sympathisants Les Républicains n’ayant pas voté Emmanuel Macron). « Marre de voir et revoir Macron et Hollande. » ; « On verra. » ; « Macron en véhicule militaire a son investiture aux champ Elysées : emblématique, la guerre est essentiellement économique. » (Electeurs de Jean-Luc Mélenchon). « Mis en scène. » ; « Une honte de gaspiller de l'argent du contribuable... » ; « Que les médias ne nous embêtent pas pendant des semaines avec un sujet qui m'est complètement égal ! Ce qui se passera par la suite m'intéresse beaucoup plus. » (Sympathisants Front National).

La nomination rationnelle d’un Premier ministre inconnu des Français


26% des personnes interrogées évoquent la nomination d’un Premier ministre comme un fait ayant marqué l’actualité. Les sympathisants de La République En Marche se sentent plus particulièrement concernés par cette nomination. Cependant, en comparaison le nom d’Edouard Philippe est peu citée spontanément (7%). En effet, les sympathisants du Parti socialiste sont 10% à évoquer son nom, ceux de La France Insoumise à 7%, et enfin les sympathisants du Front National à 3%. Ces Français sont assez critiques :
« Découverte de ce personnage. » ; « Encore une attente interminable pour juste un nom ! A voir car je ne le connais pas mais j'aurai aimé une femme surtout ! J'attends de voir la liste de recasé du système alors que Macron avait dit qu'il changerait tout. » (Sympathisants du Parti Socialiste). « Je ne le connais absolument pas, mais il semblerait que l'on ait encore affaire à un bel opportuniste. Du changement, vraiment ? A voir... » (Sympathisants de La France Insoumise) ; « Surprise, je ne le connais pas. » ; « D'où sorte-il ? Il paraît qu'il est de droite, UMP. » (Sympathisants du Front National).
Le Premier ministre est également peu connu dans son propre camp, seulement 12% des sympathisants Les Républicains le citent :
« Je ne connais pas du tout ce monsieur et ne peux pour le moment exprimer aucun commentaire. J'espère seulement qu'il a toutes les compétences requises. » ; « Inconnu » ; « Je ne le connais pas. »
Les plus au fait sont les sympathisants de La République En Marche qui le mentionnent à 15%, et même s’ils ne connaissent pas Edouard Philippe, ils se disent toutefois satisfaits. En effet, ils jugent ce choix logique et cohérent avec la ligne souhaitée par Emmanuel Macron :
« Nomination attendue et assumée d'un jeune 1er ministre. » ; « Bonne initiative. » ; « Un ancien rocardien passé à droite : c'est parfait ! » ; « Un nouveau départ pour la France j'espère. » ; « Sûrement le bon choix pour s'inscrire dans la dynamique voulue par le Président. » ; « Une bonne idée pour l'ouverture » ; « Très bien, on attend l'ouverture à gauche. » ; « Ouverture vers la droite progressiste, cohérent. » ; « Je ne le connais pas mais j'ai confiance. »
La nomination d’Edouard Philippe divise les sympathisants Les Républicains. Ceux ayant voté pour Emmanuel Macron au deuxième tour apprécient majoritairement la nomination d’une personnalité de droite. Ils soulignent une volonté d’ouverture et surtout l’absence de critique sur un parcours individuel au détriment du collectif :
« Bon choix de 1er ministre à voir. » ; « Bonne décision : nommer un (jeune) PM de droite ! » ; « Ouverture. » ; « Un ministre de droite pourquoi pas.... Travailler ensemble peut être bénéfique pour la France. »
Les sympathisants du Parti Socialiste se déclarent, quant à eux, plutôt mitigés. Ils perçoivent une recomposition politique, et dans le même temps expriment une certaine perplexité :
« Bon choix a priori. » ; « Cela traduit une recomposition politique. » ; « Dépassement des gauche/droite annoncés, voir à l'usage si jouable, efficace, et pas trop amer pour les électeurs de Macron issus de gauche. »
 « On prend les mêmes et on recommence. » ; « Pour l'instant, elle crée une nouvelle attente : celle de la constitution du gouvernement. » ; « Dubitatif. » ; « Déception »
Sans surprise, les électeurs de Jean-Luc Mélenchon expriment une opposition assez claire, correspondant principalement à un rejet d’Emmanuel Macron :
« Macron se dit de gauche et la première chose qu'il fait est de nommer un homme de droite. Ça promet pour la suite. » ; « Une honte. » ; « UMPS enfin à visage découvert. » ; « Diviser pour mieux régner. »
Pas plus étonnantes non plus les réactions des sympathisants du Front National.   Très critiques, ils adoptent une position antisystème :
« Une synthèse du Système pourri en place. » ; « UMPS » ; « Il est passé par tous les courants qui lui étaient favorables tout comme le Président. » ; « Un coup de poignard à LR après celui donné au PS ... Ambiance. »

Pour la première fois, les législatives en ligne de mire


Au-delà de la nomination du Premier ministre, les personnes interrogées font un lien avec les élections législatives. C’est là un fait nouveau. Les élections du 11 juin prochain sont spontanément évoquées par 4% des répondants.
Les sympathisants du Parti Socialiste et les sympathisants Les Républicains déclarant pouvoir voter pour La République En Marche aux législatives se montrent positifs quant à la nomination d’Edouard Philippe et à l’avenir : « Ça ouvre des perspectives. » (Sympathisant du Parti Socialiste). « Vers le changement. » (Sympathisant du Les Républicains)
Cependant, la majorité des personnes interrogées expriment des interrogations vis-à-vis des législatives évoquant une recomposition profonde liées à la nomination du Premier ministre :
« La composition de la liste de "La République en Marche" : surprise. Une liste incomplète sur laquelle 150 circonscriptions restent à couvrir. Elles vont dépendre de l'attitude de la droite. La nomination du 1er ministre va peser lourd dans ces choix. » (Sympathisants de La République En Marche). « La nomination du Premier ministre : les législatives vont être un joyeux bordel. » ; « L'ouverture, ou stratégie pour les législatives. » (Personnes ayant voté pour Jean-Luc Mélenchon).


Derrière la nomination d’Edouard Philippe, certains sympathisants Les Républicains perçoivent une volonté d’affaiblissement par Emmanuel Macron de leur formation politique pour les législatives :
« A voir traître de son parti. » ; « C'est incroyable un L.R élu cela va mettre une belle pagaille. On n’en avait pas déjà assez. » ; « Manger à tous les râteliers. » ; « Macron est machiavélique ! » ; « Nomination des candidatures [La République En Marche] pour les élections législatives. C'est la foire à l’empoigne. » ; « Les élections législatives ne sont pas les élections présidentielles. On vote pour une personne plus que pour un parti. Si un député a bien fait son boulot, il gardera sa place. »
 « La composition de la lise de "La République en Marche" : surprise. Une liste incomplète sur laquelle 150 circonscriptions restent à couvrir. Elles vont dépendre de l'attitude de la droite. La nomination du 1er ministre va peser lourd dans ces choix. » (Sympathisants de La République En Marche)