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Le double pari de Vincent Peillon

Par Denis Pingaud   14 décembre 2016 à 15h41

Mémoire et bienveillance, les deux axes de la communication de Vincent Peillon


Quelques jours après son officialisation, la candidature de Vincent Peillon apparaît d’un étonnant classicisme dans son protocole. Invité au JT de France 2 et interview dans Le Monde : les deux figures successives ne sont guère nouvelles pour ce genre d’annonce. Le compte Twitter consacré à la campagne, lui-même, se contente d’égrener les déplacements, meetings et soutiens. Quant aux deux premières manifestations publiques - une visite au nouveau centre d’hébergement des sans-abri, dans le XVI° arrondissement de Paris et une rencontre avec des jeunes à la Gaîté-Lyrique, temple du numérique - elles manient des symboles maintes fois agités dans les campagnes présidentielles de la gauche.


Ce classicisme n’a d’ailleurs rien à envier à celui d’Arnaud Montebourg et de Manuel Valls. Leurs déclarations de candidature, respectivement à Frangy-en-Bresse et à Evry, en présence visible d’une brochette de personnes issues d’un casting soigné, étaient juste les nièmes répétitions d’un exercice dont raffolent les politiques et les communicants persuadés que la fabrication visuelle de l’ancrage local est un gage de soutien de l’opinion. Les principaux rivaux de la primaire de gauche sont encore bien loin des nouvelles modalités de relation avec les électeurs, construits sur la base des usages réels de consommation de l’information, que Jean-Luc Mélenchon déploie avec ténacité et efficacité.


Au-delà de ce classicisme, quels sont les leviers de conviction que la stratégie de communication de Vincent Peillon semble activer ? Ils sont au nombre de deux et visent à l’évidence à démonétiser la candidature de l’ancien Premier ministre aux yeux des électeurs potentiels de la primaire. Suite au renoncement de François Hollande, le match a vite été présenté comme l’affrontement entre l’aile gauche critique du quinquennat et son défenseur, Manuel Valls, installé dans sa posture d’ancien Premier ministre. Ce dernier, depuis plusieurs semaines, avait recentré son image trop iconoclaste dans la famille de gauche, pourfendeur un jour des 35 heures, partisan un autre d’abandonner le mot socialiste.


Le premier axe de communication de Vincent Peillon est donc le travail de mémoire. Il ne s’agit pas seulement d’affirmer une continuité dans les réalisations de la gauche au gouvernement, de François Mitterrand à François Hollande en passant par Lionel Jospin, histoire de réveiller fierté et patriotisme chez les électeurs de la primaire. L’enjeu est aussi de pointer une continuité idéologique dans l’exercice du pouvoir qui ne supporte guère les embardées ou les triangulations soudaines visant à affirmer une posture plus qu’à soutenir un débat. Suivez mon regard, souligne le député européen à l’adresse de son principal concurrent.


Son second axe de communication est le principe de bienveillance. Contre la critique violente du quinquennat émanant de ceux qui en sont en partie responsables, d’un côté, contre l’affirmation trop facile de la revendication d’autorité en ces temps troublés et angoissants, de l’autre, l’objectif est de donner un sens au rassemblement, autre que légitimiste voire bonapartiste. Ceci explique les coups de patte à Manuel Valls sur sa conception de la laïcité. Et justifie, en même temps, sa très grande indulgence vis-à-vis d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon et, par conséquence, le contre-pied implicite à la théorie des gauches irréconciliables.


Le double pari de Vincent Peillon – la mémoire et la bienveillance – s’inscrit évidemment dans le contexte particulier des modalités de la primaire de gauche. Il présuppose une participation mesurée, animée par le sursaut d’orgueil d’un électorat à la fois meurtri par le Hollande bashing et soucieux d’en dresser un bilan économique et social somme toute positif. C’est un pari raisonné mais pas nécessairement gagnant. Le volonté d’un électorat plus nombreux qu’attendu de « passer à autre chose » peut être plus forte que toute autre considération. Auquel cas la véritable primaire, pour le camp progressiste, aura lieu lors du premier tour de l’élection présidentielle.