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La dynamique Macron, au-delà des meetings et des sondages

Par Thierry Herrant   12 janvier 2017 à 17h14

La campagne d'Emmanuel Macron et ses innovations commencent à porter leurs fruits


Ceux qui ne voyaient en Emmanuel Macron qu’une émulsion médiatique et une bulle « sondagière » risquent d’en être pour leurs frais. Pour reprendre l’expression qui fait fureur parmi les commentateurs politiques, « il se passe quelque chose ». A l’évidence un réel début de cristallisation de l’opinion en sa faveur.

Meetings et sondages : tactiquement indispensables

Il y a d’abord les signaux les plus facilement observables : la participation aux meetings et les sondages. L’effet nouveauté jouant à plein, chaque intervention d’Emmanuel Macron produit des audiences à trois chiffres : plus de 1000 personnes à Nevers le 6 janvier, 2.500 à Clermont-Ferrand le 7 janvier…Ces scores témoignent bien entendu d’un intérêt ou à tout le moins d’une vraie curiosité pour sa candidature. Ils lui permettent aussi de rester au centre du jeu en constituant un référentiel quasiment indépassable pour tous les meetings à venir. Enfin, une assistance nombreuse permet de réaliser des images fortes qui, mises en vis-à-vis des réunions intimistes de la primaire à gauche, puis diffusées sur les réseaux sociaux, ont un effet dévastateur pour l’image de ses concurrents.

Quant aux sondages, peu importe que leur méthodologie soit plus que fragile et leur force prédictive quasi-nulle, les nombreuses reprises médiatiques de la progression de Macron dans les intentions de vote ont toutes les chances de présenter des vertus auto-réalisatrices et d’amplifier la dynamique.

L’enjeu électoral de Macron

Mais au-delà de ces indicateurs somme toute assez fragiles, plusieurs évolutions plus profondes de la stratégie du mouvement En Marche laissent à penser que cette dynamique de campagne va monter en puissance. On connait la problématique électorale du candidat Macron : occuper un espace au centre, à gauche et à droite, le plus étendu possible. Côté droit, la candidature Fillon le favorise. D’autant que François Fillon persiste sur la ligne « du sang et des larmes » qui risque d’être dévastatrice pour lui, car si l’on peut gagner une élection sur une promesse d’espoir, on ne la gagne jamais sur une promesse de souffrance. Et pour mettre un terme à leurs sueurs froides, nombre de « juppéistes » pourraient rejoindre le camp Macron. A gauche, la faiblesse actuelle du parti socialiste lui ouvre des espaces à condition d’envoyer des signaux positifs aux électeurs socialistes les plus modérés. Séduire les abstentionnistes aussi, qui peuvent revenir aux urnes, attirés par la promesse de nouveauté d’un candidat qui peut être perçu comme « hors système ».

Une dynamique qui monte en puissance

Il faut donc qu’Emmanuel Macron se prépare à ouvrir davantage le jeu pour élargir sa base électorale. Le mouvement semble amorcé de trois manières.

Premièrement, d’un point de vue programmatique, Emmanuel Macron se positionne de plus en plus sur des thèmes chers à la gauche en annonçant des engagements très concrets, comme dans le domaine de la santé – prise en charge à 100% des frais d’optique et dentaires – qui parlent à tous les électeurs.

Deuxièmement, il semblerait qu’Emmanuel Macron infléchisse quelque peu une communication personnelle, jusqu’ici trop égocentrée, qui risque de trop l’exposer et de l’isoler. Sans parler du côté « évangéliste», qui peut prêter à sourire, mais qui peut vite devenir un boulet en termes d’image. Emmanuel Macron ne doit donc pas être le seul émetteur de son mouvement. Il lui faut se constituer un cercle de proches qui chacun dans son domaine particulier nourrira et approfondira ses positions sur la scène médiatique. Pratiquer aussi un marketing de la surprise avec des personnalités populaires, en dehors du jeu politique traditionnel.

Les trois personnalités qui viennent de rejoindre Emmanuel Macron montrent que cette stratégie est en cours d’application. Avec pour chacun, une portée symbolique et narrative très forte. Jean Pisani-Ferry, jusqu’ici commissaire général de France Stratégie, s’occupera du programme et des idées. En quittant la tête de cet organisme, positionné comme un laboratoire d’idées au service des politiques publiques, c’est clairement un bout de vision stratégique qui change de camp. Pierre Henry, le directeur général de l'association France terre d'asile, constitue lui aussi un symbole fort en matière d’immigration – qu’il considère comme une opportunité – et de solidarité avec les réfugiés. De quoi séduire à gauche, là encore. Laurence Haïm, enfin, est un cas un peu à part. L’ex-journaliste politique d’I-télé a suivi Barack Obama durant ses deux présidences. Elle incarne en France, tout particulièrement sur Twitter où elle s’exprime avec style original (elle est suivie par 174 000 followers), la modernité de la période Obama. Un capital d’image que récupère Macron à son bénéfice.

Enfin, troisièmement, le marketing électoral de terrain, indispensable pour effectuer le travail de conviction au plus près des électeurs et transformer de la sympathie en vote effectif. Contrairement à Désirs d’avenir en 2007, dont l’objectif premier était de co-écrire le projet de Ségolène Royal, l’objectif du mouvement En Marche est bien de constituer une force de terrain capable de « labourer » les lieux les plus prometteurs en termes d’électorat potentiel.

De ce point de vue aussi, il est clair que les choses avancent vite. 120 000 adhérents, 3200 Comités constituent une masse critique significative pour entreprendre ce travail. La collaboration étroite avec la société Liegey/Muller/Pons, spécialisée dans la data et le marketing électoral, dont l’un des faits d’armes est d’avoir remis à l’honneur les campagnes de porte-à-porte, montre clairement que les surprises et les innovations vont sans doute aussi survenir de ce côté-là.