Chaque semaine Harris Interactive interroge un échantillon de plus de 2000 Français. En leur posant une question simple et tout à fait ouverte « qu’avez-vous retenu de la campagne présidentielle cette semaine ? ». Sans rien suggérer. Sans rien proposer. En laissant les personnes que nous interrogeons libres de nous dire et ce qu’elles ont entendu de la campagne présidentielle et ce qu’elles en ont retenu. Vu que l’on peut considérer qu’une élection se gagne déjà par une « hégémonie idéologique et culturelle » (pour paraphraser Gramsci), regardons la manière dont les électeurs parlent de la campagne.
Pour dégager l’essentiel de cette matière riche et spontanée, les réponses sont analysées par Proxem (https://www.proxem.com), pionnier de l’analyse sémantique de données textuelles. Chaque semaine, Proxem y détecte les personnalités et mouvements politiques, les thématiques et événements majeurs, de manière à pouvoir en mesurer la fréquence. Semaine après semaine se dégagent ainsi les grandes tendances de la campagne et les événements singuliers qui ont marqué l’actualité. »
Chaque semaine, nous délivrerons ce qui nous a marqué.

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Jean-Luc Mélenchon est la personnalité la plus citée cette semaine (20%). La mention du candidat de la France Insoumise a augmenté de 7 points depuis la semaine dernière et de 18 points en un mois. Marine Le Pen voit aussi le nombre de citations augmenter également (14%, + 6 points en une semaine), dépassant François Fillon. Le candidat issu de la primaire de la Droite et du Centre continue de voir son nom de moins en moins cité (13%, -2 points). L’évolution la plus notable est celle d’Emmanuel Macron. La semaine dernière, le candidat d’En Marche était la personnalité la plus citée. Cette semaine il perd 11 points et se situe presque au même niveau que Benoît Hamon (respectivement 6% et 5%). Notons que Philippe Poutou est mentionné, cette semaine, par 6% des Français.


Jean-Luc Mélenchon candidat « le plus en vue » et plutôt à son avantage


Les semaines précédentes les personnes interrogées toutes proximités politique confondues jugeaient positivement la remontée de Jean-Luc Mélenchon. Au contraire, cette semaine, probablement en réaction aux sondages plaçant Jean-Luc Mélenchon à un niveau proche de François Fillon, un basculement de tonalité des verbatim s’observe. Il est, d’ailleurs, principalement mentionné en lien avec sa remontée dans les sondages.

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Jean-Luc Mélenchon est le plus mentionné par son électorat (40%) qui commente davantage la remontée de « leur » candidat dans les sondages :
« Petit à petit, il grimpe les marches qui pourraient l'emmener à l'Elysée. » ; « Super. » ; « Une bonne chose. » ; « J'espère qu'il en sera ainsi jusqu'au bout. » ; « Très forte remontée dans l'opinion de la population. » ; « La dynamique Mélenchon. ».
Mais aussi son meeting à Marseille :
« Le rassemblement de Marseille autour de Mélenchon : splendide, et un silence pour les migrants morts en méditerranée, chapeau ... » ; « Il semble que ses meetings rassemblent de plus en plus de monde. » ; « Phénoménal » ; « Magnifique ».
Ses sympathisants semblent se regrouper autour de lui :
« Non je n'écoute plus les autres candidats mon opinion est faite. Je sais pour qui je vais voter au premier tour, ce sera pour Mélenchon. » (Votant pour Mélenchon)

On le voit donc, une mention faite d’enthousiasme (aller jusqu’à la victoire) et non de crainte devant les conséquences potentielles de leurs actes : les électeurs de Jean-Luc Mélenchon ne donnent pas le sentiment de vouloir faire en sorte que leur candidat « pèse » le plus possible mais bien qu’il passe, déjà, le premier tour.
Les personnes déclarant voter pour Benoît Hamon mentionnent Jean-Luc Mélenchon à 19%. Ils semblent partagés, certains perçoivent positivement la remontée de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages et le meeting de Marseille :
« Mélenchon devant Fillion selon un sondage : campagne intelligente de Mélenchon. » ; « Belle énergie populaire. » ; « C’est très bien. » ; « Une bonne chose. » ; « Meeting de Mélenchon à Marseille : un grand moment de démocratie » ; « Pour les Rameaux Mélenchon a parlé de paix avec un rameau d'olivier et en demandant une minute de silence pour les migrants morts en méditerranée. »
Notons que les personnes interrogées déclarant voter pour Benoît Hamon et voyant favorablement la dynamique de Jean-Luc Mélenchon, se montrent, dans leurs propos, de moins en moins sûres de leur choix. Au contraire, les autres électeurs de Benoît Hamon qui le critiquent, notamment sur ses positions géopolitiques, se disent tout à fait sûrs de leur choix :  
« Mélenchon et le Pen nient l'horreur commise par Bachar. Poutine mon ami Vladimir ! Je n'ai pas de mots pour qualifier cette attitude et ces propos » ; « Mélenchon veut une alliance avec le Venezuela et Cuba : Où est la liberté du peuple si cher à son cœur »
La critique se focalise donc sur un aspect annexe et non central à l’égard du candidat.

Les personnes déclarant voter pour Emmanuel Macron mentionnent Jean-Luc Mélenchon à 28%. Ces électeurs se disant également sympathisants de droite en parlent à 32%, et le jugent « bon orateur mais pas bon Président ». Les personnes déclarant voter Marine Le Pen et François Fillon l’associent au populisme et le comparent parfois à Staline ou encore des chefs d’Etat d’Amérique du Sud et Centrale :
« Meeting Jean-Luc Mélenchon : La dictature annoncée. » ; « Risque de voir Mélenchon au second tour. Désespéré de voir cette idéologie qui a fait 100 millions de morts s'épanouir impunément en France. » ; « Un capitaliste rouge avide de pouvoir. » ; « Colère et déception. » ; « Un Staline en puissance. » ; « Consternant et risible : Mélenchon est le Sarkozy de "gauche" : méprisant, arrogant mais, et c'est le pire, collabo pro-musulman et pro-islam qui voue une véritable haine des chrétiens. » (Personnes exprimant voter pour Marine Le Pen)
« Populisme de gauche Dictature Chavez Morales Castro. » ; « Comment un apprenti dictateur du style de Maduro, son modèle vénézuélien, peut-il séduire les Français ? » ; « Staline est revenu, même s'il a appris à adoucir son discours, il n'en reste pas moins très dangereux pour la France. » (Personnes souhaitant voter pour François Fillon)
En réaction aux sondages, les personnes exprimant voter pour François Fillon, incrédules, qualifient les Français de fous : « Catastrophique, les Français ont perdu la tête. » ; « Les Français sont devenus fou. »
Cependant, notons que certains électeurs de Marine Le Pen se montrent moins unanimes, voire apprécient le candidat de la France Insoumise :
« Meeting de Mélenchon à Marseille. De plus en plus convaincant » ; « Le roi de la scène, un orateur né » ; « Il fait une excellente campagne et est très bon dans ses meetings. Il est le meilleur de tous les candidats sur ce point »

 

François Fillon dépassé par Jean-Luc Mélenchon ne suscite pas de sorte de rebuffade des électeurs de droite


Les personnes interrogées font mention de Jean-Luc Mélenchon dépassant François Fillon dans les sondages. En réaction à cet évènement il ne semble pas y avoir de « resserrement des rangs » Les Républicains autour du candidat désigné à l’issu de la Primaire, face à Mélenchon :
« La gauche se mobilise, attendons de voir quand la droite fera autant. » ; « Pas de vote ami chez Fillon, le vote de raison qui interviendra certainement. » (Sympathisants LR).
« Mélenchon rejoint Fillon : le symbole de la déchéance de Fillon » (électeur de François Fillon).

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Les sympathisants Les Républicains ne souhaitant pas voter pour François Fillon se montrent toujours très critiques vis-à-vis du candidat :
« Fillon est un politicien minable et malhonnête. » ; « Le toupet de François Fillon. Il agit comme s’il était blanc comme neige. » ; « Fillon se fait enfariner : bien fait. » ; « Argent de côté Fillon : écœurant. » (Personnes déclarant voter pour Emmanuel Macron).
« Mélenchon qui passe devant Fillon dans les sondages. Les deux premiers partis de France réellement évincés de cette campagne » (Electeur de Marine Le Pen).
« Fillon ne peut pas mettre d'argent de côté. S'il n'arrive pas à gérer son propre argent comment va-t-il réussir à gérer la France ? » ; « Fillon aurait engagé sa femme depuis 1982 et non 1986. Encore un mensonge ! ». (Personne souhaitant voter blanc).

Par ailleurs, les électeurs de François Fillon parlent principalement du meeting de François Fillon à la Porte de Versailles : « Le discours de Fillon Porte de Versailles. Une admiration de la forte conviction de F. Fillon » ; « Homme courageux,combatif, programme abouti. » ; « Succès confiance détermination ».


Le Pen et le Vel d’Hiv : « Chassez le naturel, il revient au galop ! »


Marine Le Pen est citée à 14% cette semaine et particulièrement en lien avec sa phrase sur le Vel d’Hiv.

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Les propos de la candidate concernant la rafle du Vel d’Hiv sont évoqués par 7% des personnes interrogées. Les répondants ayant spontanément réagi à ses propos déclarent davantage voter pour Emmanuel Macron (14%), ou Benoît Hamon (13%), ou encore Jean-Luc Mélenchon. Les électeurs de François Fillon et Marine Le Pen s’expriment moins sur ce sujet à respectivement 8% et 3%. Les tonalités sont très négatives chez les Français ne votant pas pour la Présidente du Front National :
« Force est de constater que le FN n'a pas changé, "tel père, telle fille". » ; « Tel père telle fille. Le racisme et l'antisémitisme refont surface. Chassez le naturel il revient au galop. » (Personne exprimant voter pour Emmanuel Macron).
 « Une honte, encore une fois. » ; « La fille de son père. Le vrai visage du FN. » ; (Personne émettant souhait de voter pour Jean-Luc Mélenchon).
« Chassez le naturel, il revient au galop ! » ; « Tellement dangereuse cette femme. » (Personne formulant voter pour Benoît Hamon).
« Ce n'est pas avec cela qu'elle gagnera des voix. » ; « Dérapage pétainiste. » ; « Le Pen et le Vel d’Hiv, la rafle. C'est dur de rester doux quand le fond est dur ! » ; « À vomir elle me dégoûte enfin son vrai visage. » (Personne souhaitant voter pour François Fillon).

Même chez ses électeurs, les propos de Marine Le Pen sont majoritairement jugés négativement et comme desservant la campagne :
« Le Pen et le refus de l'Histoire. » ; « Le négationnisme de retour. » ; « Elle va trop loin. » ; « Une connerie de parler du Vel d'Hiv, c'est le passé.  J'ai compris ce qu'elle voulait dire, mais elle n'aurait pas dû en parler. » ; « Ils [les mots de Marine Le Pen] ont pour effet de dresser les Français les uns contre les autres » ; « A croire qu'elle est finalement comme son père c'est-à-dire qu'elle ne veut pas être élue Présidente de la République mais rester dans l’opposition ! Cette phrase est une provocation pour éloigner les électeurs et c'est à mes yeux une tromperie après nous avoir tellement fait espérer » ; « Ce n'est pas une intervention appropriée. »

Toutefois, dans les électorats de François Fillon et Marine Le Pen des voix, minoritaires, soutiennent ces propos parce qu’ils les approuvent ou parce qu’ils estiment qu’ils ont été détournés :
« Le Pen sur la rafle du Vel d'Hiv. C'est pas faux. » ; « Déclaration de Marine Le Pen sur le Vélo d'Hiv : rien de tel n'est arriver en France. » ; « Je pense que ses propos ont été détournés car elle a essayé de s'expliquer mais encore une fois les journalistes font l'élection. » (Votant Le Pen)

Les électeurs de Marine Le Pen expriment donc plus une déception vis-à-vis des propos sur la rafle du Vel d’Hiv, qu’un soutien : « Espoir. », « Grande satisfaction. », « Parfaite. ».


L’émergence de Philippe Poutou


Philippe Poutou est mentionné à 6% cette semaine, devant Benoît Hamon (5%), et autant qu’Emmanuel Macron. Il est cité en lien avec le débat sur BFMTV et C-News le 4 avril dernier. La tonalité des verbatim est majoritairement positive dans tous les électorats…
« On n’a pas l'immunité ouvrière. Bravo. » ; « Amusant, déplacé dans le contexte d'une présidentielle, mais utile ! » ; « Bravo Monsieur Poutou, la France d'en bas vous approuve. » (Électeurs d’Emmanuel Macron).
« Heureusement qu'il y a les petits candidats pour court-circuiter les langues de bois habituelles et amener des idées nouvelles, un vrai coup de cœur pour Poutou : quel courage ! » (Électeur de Jean-Luc Mélenchon).
« Il a été extraordinaire, et on n'est pas près d'oublier sa fameuse "immunité ouvrière" ! » (Personne déclarant voter pour Benoît Hamon).
« L'attaque de Poutou envers Fillon et Le Pen durant le grand débat.  Il se fait porte-parole de peuple en disant tout haut ce que tout le monde pense tout bas. » (électeur de Marine Le Pen)
… mis à part chez les électeurs de François Fillon, qui était la cible de ses « attaques » :
« C'est une personnalité irrespectueuse, vulgaire » ; « Polémique inutile, mais une tenue un peu moins négligée aurait été plus adaptée » ; « Sa "dégaine" sur le plateau. Quel mépris pour les électeurs et téléspectateurs. Où a-t-il appris la politesse ? Il les voit comment les ouvriers, les employés ? Un manque de respect total. Et dire que des personnes de bonne foi le prennent pour quelqu'un de sérieux. J'ai honte de voir des choses pareilles. ».

 


Emmanuel Macron peu cité. Et lorsqu’il l’est, cela se fait plutôt à son corps défendant


La semaine précédente il était le candidat à l’élection présidentielle le plus mentionné et cette semaine les personnes interrogées le cite spontanément seulement à 6%. Emmanuel Macron est cité à 13% par les électeurs de François Fillon et à 11% par ses électeurs.

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Dans la continuité de la semaine précédente, les électeurs de François Fillon et Marine Le Pen formulent des attaques contre Emmanuel Macron :
« Il cache son vrai programme destiné aux riches et aux banquiers. » ; « Macron va augmenter les impôts pour donner à ceux qui ne foutent rien » ; « Macron et ses erreurs de citation ; Risible. A se demander malgré tout si ce n'est pas voulu, pour faire oublier son programme catastrophique pour la majorité des Français, économiquement, religieusement et sociétalement » (Electeurs de Marine Le Pen).
Cependant cette semaine, les électeurs de François Fillon expriment, pour la première fois aussi clairement, une prédiction d’essoufflement pour le candidat d’En Marche, accompagnée de la satisfaction de la voir intervenir avant le 1er tour :
« Démarrer en trombe, c'est bien mais il faut tenir sur la durée. » ; « La bulle se dégonfle. » ; « Enfin, les gens commencent à voir clair. » ; « Le soufflé retombe. »