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Fillon-Trump, même combat de com’ !

Par Denis Pingaud   14 mars 2017 à 07h25


François Fillon est-il un disciple de Donald Trump ? A première vue, tout semble les séparer. La politique du nouveau président des Etats-Unis se caractérise par une vision nationaliste dont les propositions fleurent bon celles du Front national. Au contraire, le candidat des Républicains à l’élection présidentielle française a présenté, hier, un programme économique et social d’inspiration libérale classique. Pourtant, les deux hommes ont désormais un point commun : si l’un a mené toute sa campagne victorieuse en tant qu’homme politique « anti système », l’autre creuse aujourd’hui le même sillon pour tenter de contrer la procédure judiciaire engagée contre lui. Et cette stratégie pourrait s’avérer gagnante.


Inutile de revenir longuement sur les erreurs de communication de François Fillon après les révélations du Canard Enchaîné sur les présumés emplois fictifs de sa femme et de ses enfants. A l’encontre des règles classiques dans ce genre de crise, le vainqueur de la primaire de la droite et du centre a d’abord choisi une réponse centrée sur le déni. Il a fallu plusieurs jours pour qu’il accepte finalement de considérer que le sujet n’était pas tant légal que moral et que, nonobstant la présomption d’innocence, il était urgent de présenter des excuses aux Français et de jouer la transparence complète sur cette affaire.


Piégé ensuite par son engagement à renoncer à sa candidature en cas de mise en examen, il a opté pour une stratégie de communication d’un tout autre type. Le renvoi du dossier à des juges d’instruction pouvant déboucher sur cette hypothèse, il a mis en branle une mécanique d’opinion dont le ressort est bien connu ; appel au peuple pour trancher, en sa faveur espère-t-il, entre la justice et la souveraineté électorale, mobilisation des sympathisants de la droite dure pour soutenir bruyamment sa candidature et, au fil de ses meetings et interventions, mise en cause d’un supposé acharnement politique et judiciaire téléguidé par ses opposants au premier rang desquels la Présidence de la République.


Dans cet emballement, François Fillon n’en finit pas de dénoncer une instrumentalisation des juges et des journalistes. Encore hier, il utilisait des mots violents dont le sens n’a pour but que d’activer la défiance profonde qui caractérise l’électorat français à l’égard des élites, en général, et des politiques, en particulier. « Chasse à l’homme », « fouilleurs de poubelle » : les formules visent à détourner le regard de l’essentiel – la probité ou non d’un candidat qui aspire à la fonction suprême - pour le concentrer contre un « système » qui n’aurait pour d’autre but que de l’empêcher de porter une alternance souhaitée par une majorité de Français.


Ce faisant, il s’aligne sur la dominante de l’élection présidentielle qui vient et qui, d’une certaine façon, se présente comme inédite. En effet, « l’insurrection électorale » ne se résume pas aux intentions de vote protestataires contre l’Europe, la mondialisation et les étrangers, côté Marine Le Pen, ou contre le capitalisme, les inégalités sociales et les menaces écologiques, côté Jean-Luc Mélenchon. Elle peut trouver un débouché avec Emmanuel Macron, pour renverser les fractures idéologiques et déverrouiller les blocages culturels, ou même avec Benoît Hamon, pour en finir avec une gauche qui ne tient pas ses promesses. François Fillon, au-delà même du programme présenté hier, propose maintenant aux électeurs de donner une leçon au système qui tente de lui barrer la route de l’Elysée.


La manœuvre peut paraître grossière et suscite de virulentes critiques selon lesquelles la droite française emprunterait le chemin dangereux d’un populisme rampant. Libéral assumé mais politicien respecté, François Fillon se transforme, au fil de son affaire, comme un chef de guerre peu scrupuleux d’éthique, décidé à lever l’électorat de la droite et du centre pour accompagner, contre vents et marées judiciaires, sa course personnelle à la victoire. Il n’est plus tant question de convaincre de la pertinence de ses idées que de jouer la victime d’un système prétendument sourd à la volonté populaire. La rhétorique est connue : c’est précisément celle qu’a utilisé Donald Trump pour gagner la bataille présidentielle américaine.


Les observateurs auraient tort de ne pas y voir le signe d’une possible, sinon probable, victoire de François Fillon en mai prochain. Quand bien même la France, ou l’Europe, ne sont pas les Etats-Unis, l’histoire récente montre d’abord que les « affaires » ne sont pas toujours pénalisantes électoralement. Englué dans des soupçons de corruption autrement plus graves, Mariano Rajoy, il y a un peu plus d’un an, a remporté les élections générales en Espagne. Mais surtout, dans les grands pays démocratiques, la victoire appartient aujourd’hui à qui sait chevaucher opportunément la défiance profonde à l’égard des institutions. Au risque de quitter ses bases républicaines, le candidat de la droite et du centre semble l’avoir bien compris.