#Criblopinion

Et les Français se mirent à parler de la primaire

Par Jean-Daniel Lévy   18 janvier 2017 à 15h09

Chaque semaine Harris Interactive interroge un échantillon de plus de 2000 Français. En leur posant une question simple et tout à fait ouverte « qu’avez-vous retenu de la campagne présidentielle cette semaine ? ». Sans rien suggérer. Sans rien proposer. En laissant les personnes que nous interrogeons libres de nous dire et ce qu’elles ont entendu de la campagne présidentielle et ce qu’elles en ont retenu. Vu que l’on peut considérer qu’une élection se gagne déjà par une « hégémonie idéologique et culturelle » (pour paraphraser Gramsci), regardons la manière dont les électeurs parlent de la campagne.
Pour dégager l’essentiel de cette matière riche et spontanée, les réponses sont analysées par Proxem (https://www.proxem.com), pionnier de l’analyse sémantique de données textuelles. Chaque semaine, Proxem y détecte les personnalités et mouvements politiques, les thématiques et événements majeurs, de manière à pouvoir en mesurer la fréquence. Semaine après semaine se dégagent ainsi les grandes tendances de la campagne et les événements singuliers qui ont marqué l’actualité. »
Chaque semaine, nous délivrerons ce qui nous a marqué.

« Moribonde », « sans intérêt », « ne suscitant pas l’adhésion des Français »… La primaire organisée par le Parti socialiste est – aux yeux de certains commentateurs – morte avant même d’avoir vécu. Si l’on ne s’aventurera pas ici à pronostiquer la participation dimanche prochain, relevons :


1 - Qu’en dépit des faibles audiences du deuxième débat, près d’un Français sur deux interrogé par Harris Interactive pour Atlantico à l’issue de celui-ci déclarait soit avoir vu ou écouté le débat soit en avoir suffisamment entendu parler pour pouvoir se prononcer ;


2 - Que 17% des Français ont parlé spontanément de la primaire en restituant l’actualité des derniers jours (pour mémoire ils étaient 8% à quelques jours du premier tour de la primaire de la droite et du centre).

Et ce sont autant les électeurs de Gauche que de Droite qui y font référence (un quart d’entre eux en parlent aujourd’hui).
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A ce titre, on peut voir le lien entre le recours au terme « primaire » et la restitution du vocable « débat ».

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Les candidats à cette primaire font l’objet de mentions par les personnes qui retranscrivent la campagne, notamment :

1/ Manuel Valls, mais nettement moins que la semaine dernière. Avec des commentaires quelque peu acerbes : « Valls s'empêtre entre campagne et défense de son action passée / Trop dur de faire face à un groupe de coalisés / Manuel Valls qui se défend sur sa fonction de Premier ministre / Valls ne remplit pas les salles pour ses meetings ».  
D’autres sont un peu moins critiques ou plus élogieux et estiment que le débat de la primaire est orienté « Tous contre Valls » : « Le débat de la primaire socialiste, Valls est le seul à avoir du bon sens.... Il risque donc d'être éliminé / Le débat de la primaire de la gauche ; nul et tous contre Valls ». Sans pour autant indiquer que cela les motive pour venir électoralement à son secours.
Notons qu’une campagne politique télévisuelle ne se déroule pas que dans le cadre d’émissions politiques à proprement parler. Ainsi, son passage à On n’est pas couché est plutôt salué lorsqu’il est cité : « Valls chez Ruquier ; il est franc et ne botte pas en touche / On n'est pas couché : Valls était en forme ».

2/ Arnaud Montebourg, assorti de commentaires dans l’ensemble positifs : « Interview Montebourg : intéressant / Montebourg ; des propositions de gauche / Montebourg ; homme vrai ». Même les critiques ne sont pas très franches ni très incisives : « La prestation d’Arnaud Montebourg dimanche : le moins mauvais de la bande... / Montebourg ; c'est du déjà entendu / Montebourg ; positif mais naïf ». Certain ont remarqué les meetings de rue du candidat avec des avis partagés : « Montebourg : campagne dans la rue, c'est du racolage / Les meetings de rue de Montebourg : excellente idée ».

3/ Benoît Hamon est sensiblement cité avec la même intensité. Il est vu comme le challenger qui monte : « Montée de Hamon dans les sondages : surprise à venir / Benoît Hamon, Pourquoi pas lui ? ». Il est très souvent cité pour sa proposition de revenu universel. Si certains sont expectatifs comme la semaine dernière : « Revenu pour tous : c’est une idée à creuser », d’autres font plus clairement part de leur scepticisme, voire de leur opposition : « Le revenu universel de Hamon : stupidité / Le minimum social de Hamon à 300 milliards de dette ; il faut un référendum pour avoir l'autorisation des Français / Hamon et son revenu universel : utopiste, pas sérieux pour un homme qui veut devenir Président de la République. Il y a assez de "fainéants" dans notre pays ».

Les autres personnalités sont nettement moins citées, laissant entrevoir que les Français regardent aujourd’hui essentiellement trois candidats. On notera l’absence quasi-totale de référence à Marine Le Pen ou à François Fillon lorsque les Français parlent de la primaire. Les épouvantails ne sont pas mobilisés. Mais les fantômes sont bien présents. Trois pour être précis :

1/ Déjà, le spectre François Hollande (plus cité que n’importe quel candidat à la primaire). Rarement en bien. Soit qu’on lui reproche sa prise de distance ostensible à l’égard de la primaire : « Hollande chez Drucker : foutage de gueule / Le président au théâtre ; il se moque de tout / Hollande n'ira pas voter au premier tour ; comme par hasard ! » ou qu’on lui prête l’intention de soutenir Emmanuel Macron : « Le possible soutien de Hollande à Macron ; ce serait vraiment dans la lignée de son quinquennat, complètement à côté de son rôle ». Pas de regret exprimé donc spontanément. Plutôt un regard critique sur cette fin de mandat.

2/ Ensuite, toujours bien cité même si moins que la semaine dernière, Jean-Luc Mélenchon. Ses propositions sont jugées intéressantes tout en étant articulées sur la puissance qui semble l’habiter : « L'envol de Mélenchon, je vais étudier son programme de plus près / Mélenchon et sa tv web : c'est super ! C'est le seul qui sort du lot ». Mais on dénonce parfois son aspect médiatique : « Mélenchon son futur meeting ; show médiatique » ou sa personnalité : « L'orgueil de Mélenchon ». On remarquera les commentaires assez sévères de la part des sympathisants PS : « La démagogie de Mélenchon, il est prêt à tout / Mélenchon ; ridicule / Mélenchon qui demande aux banques d'aider le FN, surprenant »

3/ Enfin, mais peut-être aurions nous pu commencer par cela, Emmanuel Macron bénéficie d’une forte exposition cette semaine, ce qui fait de lui la personnalité la plus citée. On parle donc beaucoup d’Emmanuel Macron, et ce plus encore que la semaine dernière. Les soutiens supposés de Ségolène Royal ou de François Hollande sont relevés : « Ségolène Royal va rejoindre Macron, elle pense rejoindre Macron, elle croit en autre façon de faire de la politique / Hollande soutenant Macron : tuer le PS ». Si l’on ne retient que peu de fond, la force est relevée : ce sont ses meetings qui impressionnent le plus : « Les meetings complets de Macron : serait-ce le futur Président ? / Le succès des meetings de Macron : intriguant ». Les critiques se faisant plus jour à Droite qu’à Gauche. Les sympathisants PS le jugeant « surprenant » : « La tempête Macron : surprenant », et souvent de manière positive : « Meeting Macron : très bon ».

Cette primaire « existe » donc aux yeux des Français. Tardivement certes mais pas de manière négligeable.  Reste que les expressions sont dénuées de passion. Et les Français, lorsqu’ils en parlent, se placent souvent plus comme des commentateurs que comme des acteurs potentiels.