Chaque semaine Harris Interactive interroge un échantillon de plus de 2000 Français. En leur posant une question simple et tout à fait ouverte « qu’avez-vous retenu de la campagne présidentielle cette semaine ? ». Sans rien suggérer. Sans rien proposer. En laissant les personnes que nous interrogeons libres de nous dire et ce qu’elles ont entendu de la campagne présidentielle et ce qu’elles en ont retenu. Vu que l’on peut considérer qu’une élection se gagne déjà par une « hégémonie idéologique et culturelle » (pour paraphraser Gramsci), regardons la manière dont les électeurs parlent de la campagne.
Pour dégager l’essentiel de cette matière riche et spontanée, les réponses sont analysées par Proxem (https://www.proxem.com), pionnier de l’analyse sémantique de données textuelles. Chaque semaine, Proxem y détecte les personnalités et mouvements politiques, les thématiques et événements majeurs, de manière à pouvoir en mesurer la fréquence. Semaine après semaine se dégagent ainsi les grandes tendances de la campagne et les événements singuliers qui ont marqué l’actualité. »
Chaque semaine, nous délivrerons ce qui nous a marqué.

7%. C’est le pourcentage de Français utilisant spontanément – par écrit – le terme Pénélopegate. Avec des orthographes différentes. Mais c’est peu dire que cet événement est considéré comme marquant dans le cadre de cette campagne. Et qu’il illustre bien la pénétration de termes initialement utilisés sur les réseaux sociaux dans l’espace public.


Rappelons que l’enquête sur laquelle nous nous basons a été réalisée avant la deuxième vague de révélations du Canard Enchaîné. Presque une semaine plus tard, les faits sont toujours nets dans l’esprit des personnes interrogées.

Le double soupçon lié à l’affaire Pénélope
Remarquons que porter un prénom peu répandu offre, déjà, la possibilité aux Français de nommer une situation en référant directement à une personne. C’est le cas avec ce que la plupart décrivent comme « l’affaire Pénélope ». On relève, déjà parmi les personnes indiquant avoir l’intention de voter pour François Fillon, deux soupçons :


Premier soupçon : pourquoi cette « affaire » maintenant portée par des journalistes ?
Avec une critique des journalistes « Les attaques contre Fillon ; innommable / les attaques contre Fillon ; Une honteuse campagne de dénigrement / L'histoire Fillon ; Les gauchos essaient de foutre le bordel ces incapables / Fillon ; un nouveau complot / Fillon ; un acharnement gauchomédiatique honteux / C’est incroyable ce que font les journalistes pour arriver à leurs fins » parfois très vive : « Le Canard Enchainé est une pourriture », « Affaire montée par les journalistes gauchistes ». Doublé d’une pointe de critique sur le timing : « Pas étonnant que cette histoire sorte à ce moment-là ! Ils ont peur pour l'élection présidentielle ! à qui peut profiter le crime ? »

Deuxième soupçon : Et si la probité de François Fillon n’était pas aussi nette ?
Cette approche peut être tempérée : « Il faut laisser la justice faire son travail. Mais le doute planera sur l'intégrité du candidat », « Je comprends que l'on se pose des questions, mais ne jugeons pas avant que les preuves de son travail n'aient été apportées aux juges », « Je comprends que l'on se pose des questions, mais ne jugeons pas avant que les preuves de son travail n'aient été apportées aux juges ».
ou moins : « Je suis surprise car Mr FILLON était connu pour être intègre », « une très mauvaise défense de Fillon » « le doute s’installe »,

Bien qu’au final nombreux relativisent.
« Problème de Fillon ; pas mieux que les autres politiciens / Attaques contre les emplois fictifs de Pénélope Fillon ; Bien sûr qu'ils ont triché, comme tous les autres. »

Si l’on quantifie, observons que près d’une personne sur deux parlant de François Fillon et déclarant avoir l’intention de voter pour lui à la présidentielle le considèrent comme attaqué dont plus d’un tiers qui évoquent le complot (« Je reste persuadé que c'est une cabale contre Fillon / Pénélope Fillon ; Ce n'est pas normal de faire ce genre de manœuvre pour disqualifier un candidat de la part des media »), un sur cinq le considérant fautif, ou tout à tout le moins admettent le doute :  « Le problème de Pénélope Fillon ; Il faut laisser la justice faire son travail. Mais le doute planera sur l'intégrité du candidat ». Seul un quart des personnes interrogées parlent du meeting ou du programme.

On le voit ce n’est pas, de la part des personnes ayant l’intention de voter pour François Fillon, l’hallali.
En revanche, une personne sur quatre proche des Républicains n’envisageant pas de voter pour le candidat désigné dans le cadre de la primaire mentionne l’affaire. Et là systématiquement avec des termes durs ne laissant pas de place au doute : « Lamentable et pathétique », « un de plus qui aime le fric », « pas mieux que les autres politiciens ».

Les électeurs de Nicolas Sarkozy en 2012 n’envisageant pas d’aller voter François Fillon, se disent à la fois déçus : « le mensonge de Francois Fillon ; dommage j'avais confiance en lui (souhaitant voter pour Marine Le Pen) / Fillon hors-jeu à cause Penelopegate ; Écœurant. Je suis triste et déçu » et notent que l’affaire tombe au bon moment : « Pénélope Fillon ; vrai sans doute, mais coup bas bien préparé ».

Plus attendu, les proches des autres formations politiques sont assez critiques. Du point de vue des sympathisants PS les commentaires sont négatifs, mais plutôt tempérés : « Fillon et ses affaires ; Il est comme les autres / Fillon ; scandaleux / Les emplois fictifs de Pénélope Fillon ; De toute façon, il n'y a pas de fumée sans feu / Pénélope Fillon a eu des emplois fictifs ; Le masque de l'homme intègre tombe / la mise en examen des Fillon ; On doit attendre les décisions de justice. »
Ceux du Parti de gauche adoptent la même tonalité : « Les époux filon ; Ces gens me répugnent / Pénélope Fillon ; Profiteuse » et réclament aussi l’abandon de Fillon : « Caisse noire du sénat ; Fillon doit abandonner / Penelopegate ; Fillon doit abandonner »

Les sympathisants d’En Marche marquent leur déception : « Pénélope Fillon ; déçu / Fillon ; pas si irréprochable / Francois Fillon ; Étrange »
Quant au FN les propos sont plus incisifs : « Fillon ; Inadmissible / Fillon ; menteur, voleur / Les révélations sur Fillon ; Lamentable. Le faiseur de leçons pris la main dans le sac ». Notons que certains cherchent quand même à le défendre : « François Fillon et ses soucis ; Quel dommage si tout ceci était vrai / Fillon ; innocent »


Il est frappant de constater à quel point on peut assister à des écoutes sélectives. En effet, il est peu fait mention du Front National et des « affaires ». Ce sont surtout les centristes qui le mentionnent :  

 « Le FN doit rembourser des montants énormes au parlement européen ; Si on pouvait les étrangler financièrement de serait bien ». Un seul électeur déclaré de Marine Le Pen en parle. Les autres, probablement, ne veulent pas voir et ne l’ont pas retenu.


Benoît Hamon, la (bonne ?) surprise
« L’affaire Pénélope » n’occulte pas le reste de l’actualité politique. La victoire, à l’issue de la primaire, de Benoît Hamon marque les esprits.

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Chez les proches des Républicains, les avis sont partagés : « élection de Benoît Hamon ; déçu / choix de Hamon ; vous êtes sérieux ? / Victoire de Hamon ; Contente pour lui / la victoire d'Hamon ; pourquoi pas ? ». Et la surprise toujours présente : « L'élection de Hamon ; Qui l'eut cru ? » ou considérée comme logique « Victoire de Hamon ; Attendue / Victoire de Benoît Hamon ; Logique » étant entendu qu’ils estiment le programme en droite ligne avec ce que porte le Parti Socialiste à savoir une forme d’utopie : « élection d’Hamon ; pas très réaliste / l'élection de Benoît Hamon ; élection d'un nul, utopique… »

Les proches du Parti Socialiste font montre d’une satisfaction : « Benoît Hamon ; contente pour lui / Hamon ; bravo / la victoire de Benoît Hamon ; il le mérite / victoire de Benoît Hamon à la primaire de la gauche ; très contente que la gauche revienne enfin à gauche », interrogent le rassemblement « l'élection d'Hamon ; Aura du mal à réunir les Socialistes / La victoire de Benoît Hamon ; Il se retrouve bien seul ». Peu (pas ?) de regrets quant à la non qualification de Manuel Valls. Peu, très peu, de critiques de la part de ces électeurs concernant le fond politique.
Il est d’ailleurs flagrant d’observer que les mentions de Benoît Hamon reposent plus sur sa personne ou personnalité que sur… son fond politique ou ses propositions (au premier rang desquels le revenu universel)
Même chez les sympathisants PS n’ayant pas l’intention d’aller voter Benoît Hamon on observe une certaine satisfaction : « Election de Benoît Hamon à la primaire socialiste ; L'aile gauche du PS prend le dessus (électeur Emmanuel Macron) / Benoît Hamon vainqueur ; Enfin une nouvelle tête. Les élections vont être passionnantes (électeur Marine Le Pen) » tout en remarquant la division au sein du PS : « élection Hamon ; gauche divisée (électeur Jean-Luc Mélenchon) » ou en jugeant le candidat utopique : « Refus de Mélenchon de rejoindre Hamon ; Risque de combat d'égo... Ce sont deux utopiques ! (électeur Emmanuel Macron)