Chaque semaine Harris Interactive interroge un échantillon de plus de 2000 Français. En leur posant une question simple et tout à fait ouverte « qu’avez-vous retenu de la campagne présidentielle cette semaine ? ». Sans rien suggérer. Sans rien proposer. En laissant les personnes que nous interrogeons libres de nous dire et ce qu’elles ont entendu de la campagne présidentielle et ce qu’elles en ont retenu. Vu que l’on peut considérer qu’une élection se gagne déjà par une « hégémonie idéologique et culturelle » (pour paraphraser Gramsci), regardons la manière dont les électeurs parlent de la campagne.
Pour dégager l’essentiel de cette matière riche et spontanée, les réponses sont analysées par Proxem (https://www.proxem.com), pionnier de l’analyse sémantique de données textuelles. Chaque semaine, Proxem y détecte les personnalités et mouvements politiques, les thématiques et événements majeurs, de manière à pouvoir en mesurer la fréquence. Semaine après semaine se dégagent ainsi les grandes tendances de la campagne et les événements singuliers qui ont marqué l’actualité. »
Chaque semaine, nous délivrerons ce qui nous a marqué.

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La semaine précédente, les élections législatives apparaissaient à l’arrière-plan de l’actualité, citées par seulement 14% des Français. Cette semaine les résultats de ces scrutins est au cœur de l’actualité politique, puisque 35% des personnes interrogées les citent spontanément. Il s’agit du premier sujet politique. Les bons scores de la République En Marche sont mentionnés à 6%, tout comme l’abstention. 8% parlent du président de la République. Le Parti socialiste (6%) est évoqué en lien avec son « effondrement ». Il apparaît que cette corrélation soit moins vraie concernant Les Républicains (2%). Le Front National est également peu cité (2%), et sa cheffe de file également (1%). Enfin, les autres sujets comme l’affaire Ferrand ou la réforme de la « loi travail » sont citées à 2% et 1% respectivement.


Le « raz-de-marée » REM : satisfaction des électeurs En Marche sans pour autant que le « renouvellement » soit restitué par les Français


Les bons scores des candidats de la République En Marche sont qualifiés de « raz-de-marée » par les personnes interrogées de tous bords politiques, reprenant ainsi le terme employé dans les médias. Les personnes déclarant avoir voté pour un candidat issu de cette formation politique se félicitent des résultats du premier tour. Certains ayant voté pour le Parti socialiste se disent également satisfaits de l’obtention d’une majorité par le président de la République :
« Un raz de marée pour LREM. » ; « Bonne chose pour que E. Macron puisse faire SA politique. » ; « Macron président de la République doit avoir la majorité aux législatives. Pour pouvoir présider correctement et faire passer ses lois. Enfin peut être le renouvellement en France. Il faut lui donner toutes ses chances. » (Déclarent avoir voté pour la République En Marche). « Macron est en majorité c’est bien il faut lui laisser sa chance. » ; « Je ne suis pas étonné du score de la RM. Je crois que les citoyens donnent une chance a Macron au sénat afin de faire les changements politiques qu'il a promis. » (Déclarent avoir voté pour le Parti socialiste).
Sans surprise, les électeurs de formations autres que la République En Marche expriment une forte déception. La tonalité des verbatim tendant vers un catastrophisme et un dégoût est exprimé. Les personnes interrogées formulent des réponses extrêmement brèves, un seul mot bien souvent qui se suffit à lui-même :
« Décevant. » ; « Quelle catastrophe. » ; « Catastrophique. » (Déclarent avoir voté pour Les Républicains). « Dégoutée. » ; « Débandade et majorité absolue. » ; « Très mauvaise. » (Déclarent avoir voté pour le Parti socialiste). « Catastrophe. » ; « Claque. » ; « Déception. » ; « Surprise. » ; « Dégoûtée. » ; « Ecœurement. » ; « La fin du monde. » (Déclarent avoir voté pour la France Insoumise). « Dépité. » ; « Déçu. » ; « Aïe! » (Déclarent avoir voté pour le Front National).
Toutefois, parmi les personnes interrogées et même parmi celles ayant voté pour la République En Marche, certains expriment des doutes à propos de la démocratie. Ils expriment ainsi leur crainte face à « un manque » d’opposition :
« Ils vont faire ce qu’ils veulent car il n’y a plus aucune opposition. » ; « Le plein pouvoir du président. Je pense qu'il faut une alternative. » ; « La dose de proportionnelle serait bienvenue pour ne laisser personne au bord du chemin. » (Déclarent avoir voté pour la République En Marche). « Leur donner la majorité absolue est une idiotie avoir une opposition constructive est nécessaire et donc je ne vote pas Macron aux législatives comme tous ces Français devenus d'un coup comme les moutons de Panurge. » ; « Dangereux le monopole qui s’instaure à l'Assemblée car pas d’opinion adverse. » (Déclarent avoir voté pour Les Républicains). « Je pense que c'est une mauvaise chose pour les Français car il pourra ainsi faire passer toutes les lois qu'il veut ainsi que les taxes (par ex. la CSG) alors que nous sommes déjà écroulés sous les impôts. En retirant une fois de plus du pouvoir d'achat (surtout aux retraités) ce n'est pas ce qui relancera l'économie. Je pensais M. Macron plus intelligent que cela. » (Déclarent avoir voté pour le Parti socialiste). « Catastrophique pour la démocratie. » ; « Je reste très sceptique sur les résultats pas assez de diversification dans cette élection. » ; « Incroyable que les gens donnent les pleins pouvoirs au nouveau gouvernement pas d'opposition c'est 5 ans d'une politique sans contestation possible dans l'hémicycle ça promet des beaux jours dans la rue à mon avis... » (Déclarent avoir voté pour la France Insoumise). « On est dans un monopole politique. » ; « Risque d’absence d’opposition au gouvernement. » (Déclarent avoir voté pour le Front National).
Parmi les personnes interrogées se situant le plus à droite de l’échiquier politique, certains remettent en cause le résultat du 1er tour et évoquent des fraudes ou une manipulation électorale :
« Vaste escroquerie. » ; « Mascarade. » ; « Sans surprise. » ; « Macron excelle en manipulation. » ; « Les législatives : du cinéma. On va payer. Bizarre ce raz de marée, avec 50% d’abstention... » (Déclarent avoir voté pour Les Républicains). « Truquées. » ; « Escroquerie. » ; « Magouilles et compagnie. » ; « Trucage des scrutins avec l'envoi des enveloppes incomplètes. » (Déclarent avoir voté pour le Front National).
Notons que seuls les électeurs de la République En Marche font mention, avec satisfaction, d’un renouveau politique à l’issu de ces élections :
« Nouveau paysage politique. » ; « Enfin du nouveau ! » ; « Recomposition totale du paysage politique. »        

L’abstention perçue comme un phénomène politique


Au-delà de la victoire de la République En Marche, l’abstention est l’autre phénomène très commenté des élections législatives (6%) :
« Beaucoup d'abstention, dommage. » ; « Abstention record. » ; « Surpris par l'abstention. »  (Déclarent avoir voté pour la République En Marche). « Abstention importante. » ; « Beaucoup d'abstention. » (Déclarent avoir voté pour Les Républicains). « L'abstention était forte. » (Déclarent avoir voté pour le Parti socialiste).
Cette abstention est jugée très négativement :
« Trop d’abstention ! » ; « Abstention très importante et inquiétante. » (Déclarent avoir voté pour la République En Marche). « Trop d'abstention. » ; « Désaffection des électeurs. » (Déclarent avoir voté pour Les Républicains). « Dommage qu'il y ait eu autant d'abstention. » (Déclarent avoir voté pour le Parti socialiste). « Trop d'abstention. » ; « Danger pour la démocratie. » (Déclarent avoir voté pour la France Insoumise).
Le regard des électeurs de la République En Marche, et de quelques autres issus de d’autres formations politiques, est assez dur vis-à-vis des abstentionnistes :
« Négligence des Français. » ; « C'est important d'aller voter. » ; « Abstention : ceux qui votent à la présidentielle devraient avoir l'obligation de voter ... voter aux législatives. » « Ce n'est pas normal. » ; « Honteux, infantile, inconscience citoyenne, enfants pourris gâtés. » ; « Je ne comprends pas cette attitude désinvolte des abstentionnistes. » (Déclarent avoir voté pour la République En Marche). « Le désintérêt inquiétant des Français et en particulier des jeunes pour la politique. » (Personne ayant 65 ans et plus déclarant avoir voté pour la République En Marche) « Le sens civique disparaît complètement, on a l'impression que ce qui a coûté si cher à conquérir ne représente rien pour les nouvelles générations. » (Déclarent avoir voté pour la France Insoumise).
Les personnes interrogées ayant voté et celles déclarant s’être abstenues pointent les responsables politiques comme la principale cause de cette abstention :
« Résultat que nous devons à une classe politique complètement déconnectée des réalités de la vie des Français. » (Déclarent avoir voté pour la République En Marche). « Je ne suis pas étonné du niveau atteint par les abstentions car une majorité des français est dégoutée des politiques et de l'avenir qu'ils veulent donner au plus démunis. » ; « Cela montre le peu d’intérêt pour cette élection et la déception voire le pessimisme quant aux personnages politiques français. » (Déclarent avoir voté pour la France Insoumise). « Tout le monde a l'air étonné mais nos dirigeants devraient réfléchir à cela. » (Déclarent avoir voté pour le Front National). « Un record [d’abstention], ça ne pose pas de questions aux politiques ? » ; « On prend les mêmes notables et on recommence. » ; « L'abstention montre combien les gens en ont ras le bol des politiques. » ; « Overdose de politique en France. » ; « Ras le bol. » ; « Dégoûtée. » ; « Dégoutée par cette majorité écrasante. » (Déclarent s’être abstenu)
L’abstention est mise parallèle avec les résultats électoraux et les électeurs des partis opposés à la République En Marche relativisent la victoire de ce parti :
« Parti gagnant : l'abstention. » ; « Majorité sans légitimité 51% d'abstention. » ; « Trop d'abstention, échec au plus grand parti. » ; «50 % abstention = un drame. » ; « Taux d'abstention beaucoup trop élevé, les qualifiés au 2eme tour ne représenteront qu'une minorité d'électeurs. » ; « Une victoire trop large et non représentative de L.R.E.M. » ; « En fait il s'agit d'une mini vague puisqu'elle ne représente que 7 millions d'électeurs soit 15% de l'électorat total. » (Déclarent avoir voté pour Les Républicains). « Apparemment, les fans d'Emmanuel Macron sont allés voter, mais ce sont les seuls. » ; « Il fallait s'en douter les électeurs ne se reconnaissent pas dans ce gouvernement. » (Déclarent avoir voté pour la France Insoumise). « Abstention record élections législatives : premier parti de France. » ; « Le raz de marée Macron aux législatives. C'est dû à l'abstention. » (Déclarent avoir voté pour le Front National).
Les abstentionnistes expriment une certaine lassitude, un désintérêt pour les élections législatives qu’ils percevaient comme « gagnée d’avance » :
« Indifférent. » ; « Bof. » ; « Ennuyeux. » ; « Ne m'intéresse pas. » ; « Fallait s'y attendre. » ; « Pas étonnant. » ; « Que c'est gagné d'avance pour en marche. »

Les élections législatives : la déconvenue des formations « historiques »


Les personnes interrogées évoquent également les faibles résultats des partis traditionnels en comparaison avec le « raz-de-marée » de la République En Marche, mentionné précédemment :
« Déconfiture des partis traditionnels. » (Déclare avoir voté pour la République En Marche). « Le paysage politique a bien changé. » ; « Changement de paysage à l'Assemblée nationale. » « Débâcles des partis historiques. » (Déclarent avoir voté pour le Parti socialiste). Le Parti socialiste, bien plus que les autres est mentionné (6%) :
« Hécatombe pour le PS. » (Déclarent avoir voté pour la République En Marche). « Les socialistes disparus. » (Déclarent avoir voté pour Les Républicains).
Les sympathisants du Parti socialiste, qui le mentionnent à 13%, expriment une certaine tristesse mais pas de surprise :  « Le PS est au bout du rouleau... » ; « Tristesse. » ; « Triste mais logique. »
« Ils n'ont pas compris la défaite » ; « Un désastre socialiste que j'ai encore du mal à comprendre. » ; « Ils l’ont bien cherché. »
Les électeurs de la France Insoumise se montrent particulièrement critiques et imputent les mauvais résultats du Parti socialiste à la politique menée par François Hollande durant son quinquennat :
« Le PS n'obtient pas beaucoup de voix lors des législatives. Je crois que pour eux c'est mal parti, c'est peut-être la fin du PS. » ; « L’élimination de nombreux anciens ministres du gouvernement Hollande au premier tour des législatives. C’est probablement le résultat de la politique menée par le gouvernement de Hollande. » ; « La mise en cause de la politique menée par Hollande dans la défaite du Parti socialiste aux législatives par Filoche. La fracture voire l’implosion du Parti socialiste est envisageable. »