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Com’ d’authenticité contre com’ d’opportunité

Par Denis Pingaud   24 janvier 2017 à 09h29

Les électeurs du premier tour de la primaire citoyenne n’ont pas adoubé la gauche du PS. Comme ceux de la primaire de la droite et du centre, ils ont privilégié l’authenticité à l’opportunité.

Il est tentant de résumer le vote du premier tour de la primaire citoyenne à la victoire de la gauche du PS. L'électorat de dimanche aurait choisi majoritairement de condamner le quinquennat de François Hollande et de placer l'un des principaux frondeurs en position favorable pour le second tour. L'effet Hamon serait le signal d'une dérive radicale s'éloignant d'une vision social-démocrate, responsable et européenne de l'exercice du pouvoir.

C'est d'ailleurs le choix de Manuel Valls que de conforter ce constat en épousant la mise en scène médiatique du duel entre deux projets irréconciliables. Dès lors, la thèse est simple : « défaite assurée » à la présidentielle en cas de succès de Benoît Hamon ; « victoire possible » dans le cas contraire. Cette approche binaire est le cœur de la stratégie de communication de l’ancien Premier Ministre qui parie sur les attributs d’image que lui confèrent les sondages : autorité, expérience et, c’est devenu un mot-valise, « présidentialité ».

Cette stratégie est-elle gagnante ? Elle suppose que le peuple de gauche, au second tour, se ressaisisse dans un accès de raison qui le ramènerait vers un choix d’opportunité. L’espérance d’une présence au second tour de la présidentielle, et donc d’une victoire face à Marine Le Pen, serait incarnée par le seul Valls, au nom d’un programme raisonnable valorisant le bilan du quinquennat et introduisant quelques nouvelles promesses sociales et fiscales.

Le problème est que le postulat qui sous-tend l’analyse est discutable. Nul doute que les déceptions générées par la présidence de François Hollande, notamment dans la dernière période marquée par les débats sur la déchéance de nationalité et la loi Travail, aient nourri une forme de rejet de l’ancien Premier Ministre. Mais ce vote protestataire, en quelque sorte, n’est sans doute pas l’essentiel. Il masque, en réalité, un vote identitaire qui privilégie la certitude de l’authenticité à l’hypothèse de la « présidentialité ».

A fond, les électeurs de la primaire ont envoyé deux messages qui révèlent, ni plus ni moins, la crise de défiance politique traversant l’ensemble de la société française. Premièrement, ils ont pénalisé un candidat reniant soudain ses convictions antérieures au nom d’une supposé efficacité électorale. Deuxièmement, ils ont octroyé une prime à Benoît Hamon qui a su se présenter comme un candidat authentique de sa famille, c’est-à-dire concentré sur le marqueur qui définit le mieux la gauche : la justice sociale.

Dans les trois débats télévisés, chacun des finalistes jouait sur les cordes qu’il jugeait sensibles. L’ancien ministre de l’Education, généreux dans les idées, franc dans les oppositions, imparfait dans les conclusions contrastait avec son adversaire, droit dans la posture, décidé dans le propos, habile dans la controverse. Au bout du compte, la communication d’authenticité a fait mettre pied à terre la communication d’opportunité.

Comme le peuple de droite a choisi celui qui incarnait le mieux ses valeurs, François Fillon, au détriment de celui qui paraissait pouvoir le conduire à la victoire, Alain Juppé, le peuple de gauche a privilégié, dimanche dernier, un candidat considéré identitaire face à un concurrent jugé tactique. Peu importent, à l’aune du véritable enjeu des primaires, les logiques de crédibilité ou de faisabilité des programmes.

D’ailleurs, à peine le scrutin terminé, Fillon a commencé de revoir son programme, particulièrement sur la question de la Sécurité sociale. Nul doute que, éventuellement désigné, Hamon ne mette de l’eau dans le vin de son revenu universel. L’électorat est beaucoup plus mature que ne le croient les postulants à l’Elysée. Sa volonté d’authenticité en politique ne l’aveugle pas pour autant sur le sens de la responsabilité.

Dans ces conditions, s’il veut confirmer son succès du premier tour, Benoît Hamon aurait tout intérêt à ne pas se laisser enfermer dans le débat parfois fumeux de la « présidentialité ». Sa force est ailleurs, dans une campagne qui sonne « vraie » aux yeux des électeurs de la primaire. Pour ces derniers, il n’est pas écrit que, créant une éventuelle surprise, leur candidat n’en acquiert pas rapidement la crédibilité politique et n’en manifeste pas subitement l’efficacité électorale que lui dispute, de manière décidée, son désormais challenger Manuel Valls.