Par nos partenaires de compol.media

Depuis le deuxième tour de la primaire de la droite et du centre, le camp filloniste rétorque, à la moindre critique, que l'on caricature son candidat. Un élément de langage d'une redoutable efficacité.

 
Depuis dix jours, la garde rapprochée de François Fillon use en boucle d’un élément de langage apparu pour la première dans l’entre-deux tours des primaires. Le programme du candidat LR est «caricaturé».

L’avantage de l’argument est double : il permet à la fois de s’exonérer de toute explication de fond sur les critiques – puisque la caricature est une déformation, une outrance, il n’y a pas lieu de la commenter -, et dans le même temps, il annonce à usage interne les compromis à venir.

 
Réplique à Alain Juppé

Tout commence par une attaque dans le Figaro. Alain Juppé, avant l’ultime débat, s’inquiète de la vision «extrêmement traditionaliste» de son adversaire. François Fillon réplique sur TF1 : «On est manifestement dans une caricature.»

Inutile d’en rajouter : Schopenhauer a démontré l’inefficacité d’une affirmation générale dans son Art d’avoir toujours raison. Et qu’est-ce qu’une «vision extrêmement traditionaliste », sinon un concept général ? Mais François Fillon tient sa précieuse égide : il est victime de caricature. Il ne le lâchera pas.

Au cours du débat, le futur vainqueur de la primaire déroule l’argument contre les journalistes. Par trois fois, interrogé sur des points précis de son programme – la Sécurité sociale, le temps de travail et sa politique fiscale – il reprend les intervieweurs pour dénoncer leurs caricatures, plutôt que de leur répondre avec précision.

 
Le temps de la clarification ?

Depuis son élection, ses fidèles ont repris le gimmick : Bernard Accoyer, interrogé sur C8 par Daphné Bürki, lance «Stop aux caricatures !» La semaine dernière, Bruno Retailleau dénonce sur RTL les «caricatures» dont on affuble les propositions de François Fillon sur l’assurance maladie.

Même l’UDI Jean-Christophe Lagarde, rallié forcé au vainqueur après avoir soutenu fortement Alain Juppé, estime, dans l’Opinion du 8 décembre, que le sujet de la Sécurité sociale «a été sans doute le plus caricaturé».

Mais cette fois, l’objectif n’est plus le même. Face aux interrogations d’une partie de son propre camp, face à une opinion qui serait à 90 % défavorable à ses projets pour la Sécu, François Fillon va devoir composer. Il va «clarifier» a promis Bruno Retailleau. Ce qui permettra d’amender des propositions tout en affirmant ne pas en changer une virgule : elles ont été tellement caricaturées…

Bruno Walter